Les femmes du Moyen-Age : entre mythe et réalité

La condition des femmes a énormément fluctué. A travers les temps, de l’Egypte ancienne au Moyen-Age, en passant par Rome ou la Grèce antique, on s’aperçoit qu’elles n’ont pas toujours vécu l’enfer patriarcal permanent que nous suggère le néo-féminisme. La Gaule, par exemple, proposait des relations tout à fait complémentaires entre les hommes et les femmes. Quand les romains considéraient leurs femmes comme de simples reproductrices, les gaulois associaient pleinement leurs femmes dans les gestions administrative, politique et religieuse de la société. Bref, hommes et femmes étaient égaux. Le mariage n’étant ni sacré, ni obligatoire, le divorce était très facile et se révélait parfaitement égalitaire. La sexualité était plutôt libre et les femmes pouvaient avoir plusieurs partenaires, voire plusieurs maris. La donne changea avec l’invasion de Rome : « La situation économique, sociale et politique [fut] bouleversée ; celle de la femme en subit le contrecoup » nous dit Simone de Beauvoir dans Le Deuxième Sexe. La condition de l’homme en fut par ailleurs tout autant transformée, désormais assujetti qu’il devint au puissant patriarche romain.

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Avec la conversion au catholicisme de l’Empereur Constantin au début du IVème siècle, la condition des femmes commença à s’améliorer. Le peuple gaulois hésitait alors entre plusieurs spiritualités : paganisme, arianisme et christianisme. Les femmes furent les actrices majeures de la diffusion de l’Evangile dont le message égalitariste leur accordait une place autrement plus importante et digne que ne le proposait la culture romaine – les paroles du Christ s’adressant aux femmes et aux hommes sans distinction. L’idée globalement admise que le christianisme a favorisé l’avènement de notre société patriarcale est fausse, ou tout au moins à nuancer. L’étude de l’histoire sur les longues durées met à mal ce lieu commun et le Moyen-Age offre à cet égard un excellent démenti.

En effet, dans l’imaginaire collectif, le Moyen-Age est une époque obscure. Le froid permanent embrassait d’immenses plaines sombres et inquiétantes. On y croisait des chevaliers partis guerroyer contre le seigneur voisin, lequel exploitait les pauvres paysans de son domaine. Ces derniers étaient des gueux sales et repoussants de vulgarité. L’hygiène comme la culture n’existaient pas et bien sûr, les femmes y étaient exploitées, battues, violées lorsqu’elles n’étaient pas brûlées vives pour sorcellerie. Comme nous allons le voir, la réalité est bien moins terrible qu’il n’y paraît. Le Moyen-Âge a connu de longues périodes de paix et de prospérité. Les Seigneurs respectaient bien souvent leurs sujets et ce respect leur était rendu. Les gens se lavaient autrement plus qu’au 17ème siècle, sous le règne de Louis XIV. La vulgarité était socialement condamnée. Les injures grossières étaient punies d’amendes.

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De nombreuses innovations techniques ont été réalisées comme la boussole, la poudre, les lunettes, le papier ou encore l’imprimerie. L’architecture et la maîtrise de la construction permettaient l’édification d’extraordinaires cathédrales. D’innombrables universités ont été créées à cette époque dont certaines, particulièrement prestigieuses, existent encore aujourd’hui comme La Sorbonne à Paris ou encore Oxford et Cambridge en Angleterre. Le commerce était très développé et de gigantesques foires attiraient les commerçants de tout le pays, voire des pays voisins. Quant à la condition des femmes, elle y était plutôt bonne contrairement à ce que l’on peut penser. Ainsi l’historienne Régine Pernoud, spécialiste du Moyen-Age nous apprend que « l’apogée de la condition féminine en France se situe entre le 10ème et la fin du 13ème siècle[1] ». Bon nombre de femmes se distinguèrent au cours des 10 siècles qui constituèrent le Moyen-Age. Plusieurs d’entre elles ont largement intégré notre mémoire collective, bien souvent davantage que les grands hommes de leurs temps. Ainsi on ne peine guère à citer les Aliénor d’Aquitaine, Blanche de Castille, Anne de Beaujeu, Anne de Bretagne ou encore Jeanne d’Arc quand, hormis Clovis et Charlemagne, citer quelques rois du Moyen-Age relève parfois de l’érudition. De plus en plus d’émissions radiophoniques, de livres ou de documentaires télévisés réhabilitent ces femmes autant que l’époque à laquelle elles vécurent. Certaines d’entre elles, bien moins connues, comptèrent tout autant dans l’histoire.

Ainsi Clotilde, épouse de Clovis, fut à l’initiative du baptême de ce dernier. Songeons donc que c’est une femme qui permit de poser la base d’une culture chrétienne plurimillénaire. Citons Geneviève qui, en 451, convainquit les parisiens de ne point laisser Attila prendre la Cité. La courageuse sainte exhorta les femmes à ne pas baisser les bras et déclara : « Que les hommes fuient, s’ils veulent, s’ils ne sont plus capables de se battre. Nous les femmes, nous prierons Dieu tant et tant qu’Il entendra nos supplications ». Citons encore Jeanne de Belleville, épouse d’Olivier de Clisson un connétable breton. Lors de la guerre de succession de la Bretagne, Philippe VI de Valois fit décapiter Olivier de Clisson sans autre forme de procès, pour félonie et entente avec l’ennemi anglais. Sa tête, exhibée au bout d’une pique sur le mur d’enceinte de Nantes déclencha la haine de Jeanne de Belleville. Elle opéra par la suite une sanglante et impitoyable vendetta pour venger l’honneur de son défunt mari. Ainsi fit-elle rendre gorge à six seigneurs proches de Philippe VI ou impliqués dans la mort d’Olivier de Clisson. Surnommée la Lionne de Bretagne, elle vendit ses terres pour s’acheter un bateau, rejoignit l’Angleterre et obtint la protection de son Roi Edouard III. Ce dernier lui confia trois navires de guerre (dont l’un s’appelait Ma Vengeance) et permit à Jeanne de Belleville de devenir la terreur des mers, détruisant ou pillant tout navire français passant dans les environs. Citons enfin Jeanne Laisné, rebaptisée Jeanne Hachette. Lors du siège de Beauvais du 27 juin 1472 par le Duc de Bourgogne, la courageuse beauvaisienne se saisit d’une hachette pour combattre un bourguignon sur les remparts de la cité. On dit que les femmes de la ville, enhardie par sa bravoure, prirent part au combat et permirent de battre l’ennemi en retraite. Son surnom de Hachette, approuvé par le Roi, permit à Jeanne Laisné de réparer la trahison de son père envers Louis XI et de recevoir les honneurs royaux en récompense de son héroïsme. Ces quelques destins de femmes permettent de réhabiliter en partie le Moyen-Age. Une période où des femmes, par leur influence, pouvaient ni plus ni moins orienter le cours de l’Histoire. Une période où des femmes pouvaient aimer passionnément leur mari au point de prendre les armes pour accomplir leur soif de vengeance. Une période où des femmes étaient impliquées politiquement dans les affaires de leur royaume. Néanmoins ces femmes étaient issues des hautes sphères de la société moyenâgeuse. Qu’en était-il des autres femmes ?

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Tout d’abord, bon nombre d’entre elles prirent part à la construction spirituelle et religieuse. Leur influence politique était particulièrement importante. Les monastères féminins étaient autant de centres culturels que d’écoles dans lesquelles se rendaient les filles comme les garçons des campagnes et ce dès le VIème siècle. L’éducation était particulièrement importante. L’amour que les parents portaient à leurs enfants était loin d’être inexistant comme on pourrait le penser. Neuf siècles avant Emile ou de l’éducation de Rousseau, Dhuoda, aristocrate française, entreprit la rédaction d’un traité d’éducation destiné à son fils Guillaume. L’ouvrage fut écrit en latin, la langue des gens cultivés. Le ton, guère autoritaire mais bienveillant, témoigne d’une grande sagesse. Voici ce qu’elle écrit à titre d’introduction : « Bien des choses sont claires pour beaucoup, qui nous demeurent cachées, et si mes semblables à l’esprit obscurci manquent d’intelligence, le moins que je puisse dire, c’est que j’en manque plus encore… Pourtant, je suis ta mère, mon fils Guillaume, et c’est à toi que s’adressent aujourd’hui les paroles de mon manuel. »

Savoir lire n’était pas chose rare au Moyen-Age, du moins bien sûr dans les hautes-sphères de la société. Bon nombre de poèmes mentionnent des femmes lisant sans faire état de quelque chose d’exceptionnel. A ce titre, on peut songer au gisant d’Aliénor d’Aquitaine à l’Abbaye de Fontevraud la représentant tenant un livre ouvert. La vie intellectuelle était beaucoup plus vaste qu’il nous semble aujourd’hui. Ainsi les cours d’amours étaient des jeux médiévaux sous la forme de débats contradictoires traitant de questions de droit et d’amour dont les femmes étaient les principales actrices. Au Moyen-Age, la courtoisie était le maître-mot des relations entre hommes et femmes et les cours d’amours permettaient de répondre à des questions philosophiques ou de société relevant de cette pratique. Régine Pernoud nous donne quelques exemples de ces questions qui suscitaient des débats, parfois vifs : « Doit-on blâmer davantage celui qui se vante des faveurs qu’on ne lui a pas accordées, ou celui qui clame celles qu’il a reçues ? », « Qu’est ce qui rend un amant plus heureux : l’espérance de jouir ou la jouissance elle-même ? » ou encore « L’amour réserve-t-il à ses fidèles plus de joies ou plus de souffrances ? »

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Nous l’avons évoqué plus haut, l’hygiène était particulièrement importante. L’usage des bains, recommandé dans de nombreux traités de médecine, était courant aux XIIème et XIIIème siècles, tantôt chez soi, tantôt aux bains publics. En 1292, on pouvait compter 26 étuves dans Paris, ouvertes chaque jour sauf les dimanches et jours de fête. Il en était de même dans bon nombre de grandes villes de province. La vertu des soins dentaires était connue dès le XIIème siècle par l’usage de dentifrices naturels recommandés notamment par Sainte-Hildegarde. Les femmes prenaient donc soin de leur hygiène mais également de leur beauté. Teintures pour les cheveux, onguents, crèmes diverses mais aussi parfums, blanchiment des dents, recettes pour l’atténuation des rides, les femmes du Moyen-Age montrent que le besoin de féminité et la coquetterie ne sont pas choses nouvelles. Etait-ce déjà le dictât de l’apparence ? Probablement pas…

La courtoisie était la base d’une société chevaleresque où les relations entre femmes et hommes étaient fondées sur le respect et la bienveillance. Au XIIème siècle, André le Chapelain écrivait le Traité de l’amour[2] à la demande de Louis VII et Aliénor d’Aquitaine. Voici ce qu’on peut y lire : « Il est évident et pour ma raison absolument clair que les hommes ne sont rien, qu’ils sont incapables de boire à la source du bien s’ils ne sont pas mus par les femmes. Toutefois, les femmes étant l’origine et la cause de tout bien, et Dieu leur ayant donné une si grande prérogative, il faut qu’elles se montrent telles que la vertu de ceux qui font le bien incite les autres à en faire autant ; si leur lumière n’éclaire personne, elle sera comme la bougie dans les ténèbres (éteinte), qui ne chasse ni n’attire personne. Ainsi il est manifeste que chacun doit s’efforcer de servir les dames afin qu’il puisse être illuminé de leur grâce ; et elles doivent faire de leur mieux pour conserver les cœurs des bons dans les bonnes actions et honorer les bons pour leur mérite. Parce que tout le bien que font les êtres vivants est fait par l’amour des femmes, pour être loué par elles, et pouvoir se vanter des dons qu’elles font, sans lesquels rien n’est fait dans cette vie qui soit digne d’éloge ». Ces lignes, qui appellent à la reconnaissance des apports des deux sexes, témoignent d’une époque autrement plus sage et bienveillante qu’il nous semble aujourd’hui.

Dans la vie quotidienne, les femmes régnaient sur la maison. Mais leurs tâches n’étaient pas uniquement domestiques. Elles étaient libres d’acheter ou vendre des terres, administrer des domaines, faire leur testament. Elles étaient pleinement associées à la vie économique. Les rapports de justice hérités de cette époque montrent que les femmes étaient régulièrement citées comme témoins ou plaignantes, et que justice leur était rendue de manière équitable.  Dans les villages ou à la ville, les femmes exerçaient les mêmes professions que les hommes, parfois en tant que célibataires et ce de façon tout à faire normale. Elles étaient coiffeuses, commerçantes, brocanteuses, poissonnières, boulangères, meunières ou encore mercières. Certaines d’entre elles étaient barbières[3]. On trouvait également des femmes médecins, libraires, brasseuses de bière. Les femmes occupaient donc des postes dans le grand comme dans le petit commerce et ce, sans autorisation maritale.  Dans les villages, les femmes occupaient des postes importants politiquement et avaient un poids aussi conséquent que les hommes dans les votes et décisions. Néanmoins il n’en était pas de même dans les grandes villes où les responsabilités administratives continuaient d’échoir aux hommes.

La société du Moyen-Age était bien plus égalitaire et paritaire qu’on ne le pense encore aujourd’hui. L’influence de l’Eglise dans le contrôle des mœurs était tout à fait mineure au Moyen-Age, contrairement à ce que l’on peut penser de prime abord. Au nom du mariage de raison, qui ne laissait que peu de place à l’amour entre les époux, l’adultère était largement toléré. Les fêtes dans les campagnes étaient souvent des occasions de batifoler et de s’amuser, loin de l’engagement marital. Les innombrables chansons populaires et paillardes, parvenues jusqu’à nous, témoignent des mœurs légères des hommes et des femmes de ces temps.

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La transformation de la société féodale en monarchie étatique et bureaucratique, entre le 16ème et le 18ème siècle, changea la donne. La moralisation des mœurs ne fut plus l’objet des lois religieuses mais désormais des lois civiles. La transcription des unions, des décès ou des naissances dans des archives engendra une société nouvelle du contrôle. L’arsenal législatif se mit alors en place. Contrairement aux idées reçues, l’Eglise était en retrait et c’était l’Etat qui gérait et organisait la vie de la cité. Les plus bigots étaient souvent en haut de la hiérarchie quand en bas de l’échelle, dans les campagnes, on s’accommodait plus volontiers des commandements du Seigneur… Les pratiques sexuelles non nécessaires à la procréation devinrent interdites, de même que l’homosexualité, l’adultère, la bigamie, la sodomie… Un élément décisif fut à la base de ce changement radical de paradigme, la Réforme. Jusqu’alors, la tradition catholique célébrait la pauvreté, l’ascèse. Or, avec la Réforme, l’idée de travail, de persévérance, de productivité, de sacrifice de soi au bénéfice de la collectivité imprégna les hautes sphères de l’Etat jusqu’au Roi lui-même. Le travail fut glorifié et toute activité inutile et susceptible de ralentir le processus de production pour le bien commun fut bannie. La sexualité apparaissait ainsi comme particulièrement chronophage et peu productive. La plupart des positions sexuelles furent interdites en dehors de celles susceptibles de favoriser la procréation et de minimiser le plaisir. Dans L’éthique protestante et l’Esprit du capitalisme, Max Weber cite Calvin : « L’activité de l’homme doit se tenir dans les limites humaines de l’utilité ». Les femmes allaient être en première ligne pour subir ces changements, en tant que tentatrices éternelles comme en tant que sexe prétendu faible. La monogamie conjugale devint, avec la réforme, le seul modèle applicable conjugué aux valeurs de travail, de réussite, de productivité, de propriété et constituant ainsi l’éthique transcendantale du capitalisme. Cette évolution s’est donc inscrite dans le sens de l’histoire avec son corollaire religieux, non dans un quelconque complot masculin multimillénaire.

Cependant il convient là encore de nuancer en allant dans le détail. Si la condition des femmes s’est sensiblement dégradée au XVIème siècle et surtout au XIXème avec le Code Napoléon, il faut bien préciser de quel genre de femmes nous parlons. Le féminisme a souvent dénoncé la condition des femmes de la bourgeoisie, s’appuyant sur l’image d’une Emma Bovary délaissée, seule, malheureuse, sans ambition et dépendante d’un mari qu’elle n’avait pas choisi. Or ces femmes étaient bien minoritaires et n’étaient guère représentatives des femmes dans leur globalité. Vincent Rautureau dans son étude des femmes au XVIIIème siècle dans la ville de Chateaubriant, s’appuyant sur des documents judiciaires, nous apprend que la femme était souvent celle qui gérait les finances, tâche pour le moins indispensable et qui, de fait, nécessitait des discussions d’égale à égal avec son mari. Chez les artisans et dans la petite bourgeoisie, les femmes tenaient un rôle actif et prépondérant dans la gestion des conflits avec les concurrents. Chez les paysans, les femmes étaient responsables des achats tant pour l’exploitation agricole que pour le quotidien de la vie familiale. Les tâches étaient réparties entre la vie domestique pour les femmes, le dehors pour les hommes. Elles avaient pour charge de préparer et porter les repas aux travailleurs dans les champs. Leur rôle était indispensable à la vie de la famille car sans elles, les travailleurs étaient perdus et bien moins productifs. Elles géraient également la maison en décidant ou non d’offrir le gîte à des vagabonds, des gens de passage, des familles en détresse. Les femmes prenaient seules ces décisions, par charité. Les documents judiciaires historiques nous apprennent qu’hommes et femmes étaient parfaitement complémentaires dans le pilotage de leur vie économique et familiale. Les femmes jouissaient de responsabilités importantes voire décisives. S’il est vrai qu’au siècle suivant, leur condition s’est nettement dégradée, nous constatons là encore que le cliché de la femme éternellement oppressée est partiel. La vision bovaryste de la femme passive et soumise n’est guère applicable à l’ensemble des femmes, notamment au sein des populations rurales.

Dans le plus grand des paradoxes, il existe des féministes qui regrettent ces temps où jadis, les hommes montraient leurs sentiments et semblaient rejeter toute virilité. Ce qui est curieux, c’est que les mêmes féministes nous expliquent que ces temps étaient marqués par la domination des hommes sur les femmes. Ainsi rejetant l’image oppressive de la virilité, Elisabeth Badinter dit ceci dans XY de l’identité masculine[4]: « Au XVIIIème siècle, un homme digne de ce nom pouvait pleurer en public et avoir des vapeurs ; à la fin du XIXème siècle, il ne le peut plus, sous peine d’y laisser sa dignité masculine. » On ignore bien de quel genre d’homme parle Mme Badinter, mais certainement pas du paysan normand dont le labeur quotidien ne lui laissait guère le temps de faire le point sur ses sentiments et ressentiments. Les vapeurs lui étaient par conséquent inconnues d’autant plus que les mœurs et traditions rurales n’incitaient guère à l’exubérance. Si Mme Badinter parle de l’aristocrate ou du petit bourgeois parisien, elle étend sa lecture d’un cas particulier à l’ensemble du paysage français, à 99% rural, et se voit frapper de ce qu’on pourrait appeler, le Syndrome Emma Bovary.

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Le Moyen-Age  fut une époque propice à la complémentarité et la bonne entente entre les hommes et les femmes, loin des temps obscurs que l’on imagine. Dans la ruralité, comme dans les petites communes, les femmes assumaient d’importantes responsabilités professionnelles, lesquelles leurs conféraient une autonomie tout à fait certaine. En se bornant à adopter une vision « bovaryste », le féminisme – qui voit dans la bourgeoise la représentante de toute la condition féminine par sa solitude et son oppression – nous dit une chose : au travers des époques, la condition d’une femme dépend avant tout de sa position sociale. Ainsi, imaginer que toutes les femmes du monde forment un tout uni et solidaire dans la résistance à l’oppression est une fumisterie. Ne serait-ce qu’en France, laisser entendre que la bourgeoise du tertiaire qui habite un 160 mètres carré à Neuilly subirait les mêmes pressions que la prolétaire femme de ménage d’une cité HLM d’Aubervilliers est une arnaque intellectuelle.

Pour finir, voici une fine observation de Régine Pernoud : « C’est dire que le spectacle qu’on a pu voir encore récemment, par exemple dans les pays islamiques, de la femme tirant la charrue, quelquefois en même temps que l’âne, a disparu chez nous à l’époque féodale, et c’est un autre élément appréciable de sa libération ». Voilà qui en dit long sur l’hétérogénéité de la condition des femmes à travers le temps et l’espace.

La suite est à découvrir dans HOMO DOMINATUS ou l’imposture néo-féministe, disponible en formats kindle et livre broché ici.

[1] Régine Pernoud. La femme au temps des cathédrales. Le livre de Poche. 1982.

[2] André Le Chapelain. Traité de l’amour courtois. Klincksieck. 1974.

[3] Les saignées, pratiques médicales courantes à cette époque étaient pratiquées par les barbiers. Des femmes ont donc porté cette responsabilité au moins jusqu’au XIVème siècle.

[4] Elisabeth Badinter. XY de l’identité masculine. Poche. 1994.

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