Les enjeux et dangers de l’idéologie du genre

Retrouverez l’intégralité de ce texte dans HOMO DOMINATUS ou l’imposture néo-féministe.

Qu’est-ce que le genre ? Le genre dit que contrairement à ce que l’on peut penser, il n’existe pas de définition du masculin ou du féminin. Les caractéristiques et valeurs que nous attribuons spontanément au masculin (courage, témérité, prise de risque, force, goût pour la compétition, inclination pour les environnements mécaniques…) et au féminin (amour, pédagogie, douceur, inclination pour le social, la santé, la famille…) résultent de constructions sociales, culturelles et éducatives. Elles constituent des stéréotypes qui, bien au-delà des différences naturelles, sclérosent les individus dans leur individualité sexuée. La sociologue britannique Ann Oakley est la première à introduire le concept de genre pour différencier les domaines naturels et culturels dans l’attribution des caractéristiques sexuées. La philosophe américaine, Judith Butler, ajoute au genre l’idée de performativité. Pour Butler les caractéristiques socio-culturelles attribuées aux deux sexes sont entretenues par les individus dans un but de reconnaissance sociale. Par son langage, ses attitudes, ses choix, l’individu performe un genre et se conforme au modèle, construit par la société, masculin ou féminin selon son sexe. Le constat de Butler s’appuie sur l’étude des drag-queens. Si les drag-queens adoptent les codes attribués traditionnellement au sexe qui n’est pas le leur, il est tout à fait probable que les individus, dans leur globalité, performent le genre attribué à leur sexe naturel. A partir d’observations de ce type sur des cas tout à fait marginaux de troubles identitaires, Butler et les théoriciens du genre vont formuler des conclusions à valeur universelle. Par haine de la différence, confondue avec l’injustice, l’exception fondera la norme. La performativité de Butler montre également que ce modèle d’attribution des caractéristiques, basé sur la culture et l’éducation, se transmet et s’entretient institutionnellement. On reconnaît l’influence de Michel Foucault dans ce raisonnement. D’après Foucault, le pouvoir n’est pas institutionnalisé par l’Etat mais réside dans ce qu’il appelle des « micro-pouvoirs ». Ces micro-pouvoirs ont pour finalité de discipliner les individus en les conformant docilement à la norme et ce sans que ces derniers ne s’en aperçoivent. Ce système de domination serait d’autant plus perfide que, non content d’être oppresseur, il serait également producteur de ses propres effets. Ici le coupable est tout trouvé en la personne du mâle hétérosexuel, lequel s’incarne en une multitude de micro-pouvoirs dont le but est la fondation d’un système social et culturel dominant. Nous ajouterons qu’au-delà d’être un mâle hétérosexuel, le coupable est blanc, cette précision lui conférant de surcroît le statut de colon impérialiste.

En résumé, le genre est un processus de différenciation des sexes par des constructions sociales et culturelles qu’il convient d’abattre. Non content de définir deux catégories, masculin et féminin, le genre s’échine à perpétuer leur hiérarchisation sociale. Ainsi le projet idéologique du genre est le suivant : mettre fin au système de domination patriarcale en empêchant les garçons de se conduire différemment des filles. En détruisant les repères (stéréotypés ou non) des deux sexes, l’idéologie du genre fait table rase de toute construction sociale et éducative. Elle appelle ainsi à la construction d’identités multiples dans le but de mettre fin au système de domination des hommes sur les femmes. S’il n’y a plus de masculin ni de féminin, alors il n’y a plus d’oppression.

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Sans construction culturelle ni sociale, l’idéologie du genre prétend que chacun est libre de choisir son genre indépendamment de son sexe biologique. Un individu biologiquement femme, dès lors qu’il se dit homme et que ses proches le reconnaissent ainsi, pourra obtenir un changement de sexe à l’état civil et ce, sans intervention médicale. C’est ce que prévoit le décret pris pour l’application de l’article 56 de la loi n° 2016-1547 du 18 novembre 2016 de modernisation de la justice du XXIe siècle, relatif aux procédures de changement de prénom et de modification de la mention du sexe à l’état civil. Si la mention relative au sexe d’une personne « ne correspond pas à celui dans lequel elle se présente et dans lequel elle est connue », cette procédure lui permet d’obtenir la modification de son sexe à l’état civil sans « justifier avoir subi des traitements médicaux, une opération chirurgicale ou une stérilisation ». Il faut rendre grâce au talent et à la mesquinerie du législateur qui parvient à faire entrer le genre dans la loi sans jamais le nommer. Mais personne n’est dupe. La distinction est clairement faite entre l’identité sexuée, celle inscrite à l’état civil, et l’identité culturelle que s’attribue l’individu. Ce décret, d’une importance capitale, inscrit clairement le genre dans la loi française en prétendant que c’est ce dernier qui distingue les individus et non le sexe biologique. Nous ne discriminons plus l’autre au regard de ce qu’il est, mais au regard de ce qu’il prétend être pour lui et pour la société. On peut s’interroger sur la nature prochaine des rapports entre des hommes qui se déclarent hommes, des femmes qui se déclarent femmes, des hommes qui se déclarent femmes, des femmes qui se déclarent hommes et des hommes et des femmes qui ne se déclarent ni l’un ni l’autre. Qu’on le veuille ou non, tout est bouleversé ; des rapports de séduction, familiaux, sociaux, à la simple prise de connaissance. Les êtres ne se définissent plus par ce qu’ils font, ni par ce qu’ils sont, mais par ce qu’ils déclarent d’eux-mêmes. L’autre n’est plus reconnaissable par ce qu’il est mais par ce qu’il prétend être. Ainsi se forge un rapport narcissique et fantasmatique à l’identité. C’est la notion de « déconstruction » dans le sens que lui confère Jacques Derrida : le réel ne produit pas le discours, c’est le discours qui produit le réel. Par la déconstruction, Derrida prétend démystifier ce qui tient lieu de vérité pour remettre en jeu les rapports de pouvoirs et ainsi redonner la parole aux dominés. On peut formuler une autre interrogation. Le genre prétend que nous sommes enfermés dans une identité sexuée stéréotypée. Or, si un homme se prétend femme, c’est à tout le moins qu’il subsiste consciemment ou inconsciemment une identité féminine et que, si elle n’est pas naturelle, son origine culturelle n’en existe pas moins, constituant ainsi un ensemble de caractéristiques comportementales, de valeurs, bref de repères auxquels cet homme souhaite s’identifier et être reconnu. Ce décret est une victoire pour les lobbies LGBT. D’après une enquête menée par l’ORTrans (Objectif Respect Trans), il y avait, en 2016, 15000 personnes transgenres et transexuelles en France soit 0,00023% de la population. Etait-ce nécessaire de légiférer ? Ou n’y avait-il pas quelque projet, le genre entre autres, à inscrire dans la loi ? Nos élites politiques et médiatiques peuvent répéter ad nauseam que la théorie du genre n’existe pas ; non seulement elle existe, mais elle est appliquée.

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Non content de laisser aux individus le choix de leur identité de genre, l’idéologie prétend également qu’il est possible de choisir son orientation sexuelle. On ne naît pas hétéro, homo ou bisexuel, on le devient car on le choisit. Ainsi je peux m’appeler Victor, être pourvu d’un pénis, de deux testicules, être du sexe masculin selon l’état civil mais me revendiquer femme, me faire appeler Madame, aller dans des toilettes réservées aux femmes et concourir en athlétisme, pour le 100 mètres, dans la catégorie féminine. Ce n’est pas tout, je peux également choisir ma sexualité. Si je décide d’aimer les femmes, je serai alors lesbienne. Qui peut croire ou accepter cette grotesque supercherie ? Comment expliquer à un adolescent, se sentant une attirance naissante pour les garçons, qu’il peut parfaitement s’il le désire se tourner vers les filles ? L’idéologie du genre valide ce raisonnement aussi loufoque que pervers. La réussite la plus totale de cette idéologie est incontestablement de jeter le trouble dans la construction des identités sexuelles comme évoquait le titre de l’ouvrage majeur de Judith Butler publié en 1990, Gender Trouble.

La théorie du genre affronte-t-elle l’épreuve du réel ? Rarement, et quand elle le fait, elle se garde bien d’en tirer des conclusions. L’anecdote commence à être connue. Néanmoins les idéologues du genre demeurent très discrets sur celle-ci. John Money, psychologue et sexologue néo-zélandais s’intéresse dès les années 50 au genre en étudiant les nouveau-nés hermaphrodites. Il estime, en toute cohérence avec l’idéologie, que l’orientation et l’identité sexuelles se définissent hors de toute réalité corporelle. Ainsi lorsque les parents Reimer débarquent avec leurs jumeaux en 1966 dans son cabinet, Money sait qu’il tient une occasion inespérée d’expérimenter sa théorie. A la suite d’une circoncision par cautérisation ratée, le jeune David, 8 mois, a le pénis brûlé. Brian, son frère, n’a pas été circoncis. Money recommande alors aux Reimer d’élever David comme une petite fille la dimension sexuée n’étant pas biologique mais construite socialement et donc modifiable par l’éducation. David devient Brenda. Ses parents l’élèvent comme une fille, lui achètent robes et poupées tout en cachant la vérité au frère de Brenda/David. Pendant douze ans, Brenda recevra un traitement hormonal. Tout semble bien se passer les premières années et le plan semble fonctionner. Le psychologue examine chaque année les jumeaux et le « lavage de cerveau », ainsi que le dira plus tard Brenda/David, se passe comme prévu. Seulement, à l’adolescence, la voix de Brenda/David se fait plus grave. Elle ressent une attirance pour les filles. Elle stoppe son traitement pour redevenir un garçon et se fait prescrire de la testostérone. Les parents révèlent finalement la supercherie aux jumeaux. Définitivement redevenu un garçon, David se marie. Mais lui et son frère sont toujours particulièrement perturbés par leurs problèmes d’identité. Brian met fin à ses jours en 2002. Deux ans plus tard, c’est David qui se suicide. S’il s’agit d’une simple anecdote, elle demeure révélatrice de l’idéologie en place, totalitaire et parfaitement infondée scientifiquement. Money a passé sa vie à nier l’existence d’une substance naturelle dans la construction sexuée des individus. Il n’en demeure pas moins que, pour son expérimentation, il aura gavé son cobaye de traitements hormonaux ainsi que d’opérations modifiant ses organes génitaux. Il existe des personnes engoncées dans une identité sexuée, floue ou qui n’aurait pas dû être la leur. C’est un fait et leur mal-être est parfaitement naturel et compréhensible. Mais cette expérience tragique a aussi démontré que tout n’est pas culturel ni maîtrisable par notre seule volonté.

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Là où Simone de Beauvoir a préfiguré le genre, c’est dans sa lecture sociale et culturelle des comportements sexués. En revanche, ce qui la distingue profondément de l’idéologie du genre, c’est qu’elle pense le corps sexué comme un organe partiellement structurant de la pensée. Beauvoir n’a jamais cessé de clamer dans ses ouvrages qu’elle appartenait pleinement au féminin. Voici ce qu’elle dit dans Le deuxième sexe : « A la puberté, la fille se fait femme et sa vision du monde change ainsi que le regard qu’elle porte sur lui. Sa sensibilité grandit. Elle sent un changement physique mais aussi largement psychologique, sans intervention du corps social. » Le corps est une donnée fondamentale dans la construction de l’identité. L’idéologie du genre va beaucoup plus loin. Elle ne nie nullement la différence physiologique des sexes. D’ailleurs, Judith Butler déclarait dans une interview publiée sur nouvelobs.com le 15 décembre 2013 : « C’est vrai, le sexe biologique existe. Il n’est ni une fiction, ni un mensonge, ni une illusion. Il se peut qu’existe une nature féminine, mais comment le savoir ? Et comment la définir ? » Elle nie l’influence du corps sur l’esprit. Elle dissocie ces deux éléments et les présente comme nullement complémentaires l’un de l’autre. Judith Butler, dans Trouble dans le genre[1] indique d’ailleurs : « On ne peut pas dire que les corps ont une existence signifiante avant la marque du genre ». C’est une évolution philosophique fondamentale qui tranche avec la pensée de Beauvoir et qui prétend, à titre d’exemple, que la possibilité de la maternité n’est en rien une composante structurante de l’identité féminine. Le 29 janvier 2018, la chaîne belge VTM Nieuws officialisait le changement de sexe de son journaliste, Boudewijn Van Spilbeeck. Bo, bientôt 58 ans, rêvait de changer de sexe depuis l’âge de 15 ans. Après avoir subi un traitement hormonal d’un an le préparant à recevoir les opérations finales, voici ce qu’elle dit : « Les effets des hormones féminines sont incroyables. Je vois que mon corps est déjà féminin ». Par cette déclaration, Bo contredit la thèse de Butler en indiquant que la structuration de son identité féminine passe par la construction d’un nouveau corps féminin. Ainsi le traitement hormonal forme la jointure entre un corps sexué féminin et l’esprit.

Pour saisir les enjeux de l’idéologie du genre, il ne faut pas uniquement s’intéresser à la biologie des sexes car le genre ne nie pas tout à fait les différences entre ceux-ci. Ce qu’il nie, c’est l’influence du présupposé biologique attribué aux deux sexes dans la construction de l’identité sexuelle des individus. En effet, le genre prétend que l’héritage biologique ne saurait exister dans la mesure où les caractéristiques comportementales et inclinations que l’on attribue au masculin et au féminin sont en réalité construites et façonnées par un système de domination : le patriarcat blanc hétérosexuel. Mais ce n’est pas tout. Le genre nie ce qui fait le charme autant que le fondement de notre civilisation : l’altérité dont procède toute forme d’érotisme dans les relations entre les hommes et les femmes. Pendant des siècles, les philosophes se sont attachés à produire une pensée émancipatrice et libératrice pour des individus tenus en respect par la foi ou les dogmes en tout genre. D’une philosophie de la libération, nous sommes passés à une philosophie de l’annihilation et de l’effacement de notre culture. Descartes et Butler ont un point commun, celui du renoncement à toute forme d’héritage et de transmission. Quand bien même les stéréotypes de genre seraient uniquement d’ordre culturel, de quel droit devrions-nous les déconstruire[2] ? Faisons un point rapide. En quelques soixante ans, la condition des femmes dans nos sociétés occidentales a fait un bon sans précédent au regard des critères féministes. Beauvoir concédait déjà en 1949 en introduction du Deuxième sexe que « la querelle du féminisme était à peu près close ». Les femmes ont obtenu légitimement l’indépendance financière et démocratique. Elles ont obtenu la liberté de disposer de leur corps. Elles font des études bien plus brillantes que les garçons. Il existe des femmes qui dirigent des états ou des corps d’armée d’élite. D’autres vont dans l’espace ou sont championnes d’haltérophilie. Les femmes sont majoritaires dans certains domaines comme le social ou la justice[3]. Des études montrent qu’elles font de bien meilleurs médecins que les hommes et qu’elles seront sous peu les plus nombreuses à exercer cette profession. J’ai connu pour ma part des femmes bien que particulièrement incompétentes, exercer des postes managériaux à responsabilité dans de grandes entreprises, ce qui constituait le rêve de Françoise Giroud[4]. Il ne faut pas pour autant nier les injustices qui subsistent pour les femmes et les violences insupportables et inadmissibles qu’elles subissent. Si des ajustements législatifs, éducatifs, sont indispensables et si des mesures courageuses doivent être prises, n’y a-t-il vraiment rien à sauver de notre culture ? Doit-on tout détruire ?

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En déconstruisant les caractéristiques sexuées, culturelles ou naturelles, de même qu’en détruisant toute valeur normative comme le masculin et le féminin, le genre crée un individu dépossédé de tout, et a fortiori de lui-même. Comment se forger une identité à partir de rien ? Le genre répond que les individus peuvent se forger autant d’identité qu’ils le veulent. Il n’y a pas deux catégories sexuées, le masculin et le féminin, mais une infinité. Il y a donc autant de catégories que d’individus. L’identité sexuelle n’est pas un acquis par la naissance, par l’héritage historique ou par la biologie. L’identité sexuelle est subjective aux choix des individus. En cela, l’idéologie du genre est une pensée du néant. Malgré la multitude des possibilités qu’il laisse présager, le genre promeut un monde aseptisé, « désérotisé », complètement uniformisé et ce dès le plus jeune âge. Elisabeth Badinter, dans Fausse route, l’avait parfaitement saisi : « […] imposer aux petites filles et aux jeunes garçons les mêmes jouets, activités et objets d’identification, est absurde et dangereux. L’apprentissage de l’identité sexuelle est vital et, n’en déplaise à certains, il se fait par oppositions, caricatures et stéréotypes. » C’est tout le principe de la dialectique de Hegel[5]. Se connaître et se définir passe par la prise en compte de soi. Mais par-dessus tout, se connaître et se définir passe par la connaissance de ce qu’on n’est pas. Etre homme me définit autant que ne pas être femme. Bref on ne se pose qu’en s’opposant. La conscience de soi n’a de sens que dans sa différenciation vis-à-vis d’autrui. Pour opérer ce mouvement, la reconnaissance de l’autre est nécessaire et passe indubitablement par la discrimination de ce qui est différent. Un monde sans possibilité spontanée de discrimination est un monde d’individualités identiques parce qu’indéterminées. C’est un espace où la conscience de soi est impossible car l’autre n’est pas reconnaissable par ses différences vis-à-vis de moi. Sans la possibilité du contraire, il n’y a pas de changement, pas de mouvement ni d’interaction possible entre les hommes et les femmes. Le monde est alors uniforme, indifférencié et empreint de solitude. Car la solitude, c’est bien de ne point trouver en l’autre ce qui me sépare de lui. Se définir et prendre conscience de soi par la reconnaissance de l’autre, c’est tout l’enjeu du combat féministe pensé par Simone de Beauvoir. Emmanuel Levinas le résume parfaitement dans Le temps et l’autre[6] : « Autrui en tant qu’autre n’est pas seulement un alter ego ; il est ce que moi, je ne suis pas. Il l’est non pas en raison de son caractère, ou de sa physionomie, ou de sa psychologie, mais en raison de son altérité même. » En détruisant l’altérité, en la réduisant à un rapport d’inégalité considéré comme injuste, en brisant les repères et en prétendant que les individus sont malléables à l’envi, l’idéologie du genre rend impossible la construction d’une identité solide, basée sur la reconnaissance d’un autre qui n’est pas soi. Comme le dit Bérénice Levet dans son ouvrage, La théorie du genre ou le monde rêvé des anges[7] : « La grande illusion de notre temps est de penser que l’on peut construire quoi que ce soit à partir de rien ».

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C’est ici que l’idéologie du genre se heurte à un écueil. Elle prétend lutter pour l’émancipation des individus avec les armes du totalitarisme, à savoir la création d’un homme nouveau. Avec pour prétexte juste de libérer les hommes et les femmes des normes qui les contraindraient, le genre entend créer des individus uniques, n’appartenant à rien d’autre qu’à leurs propres définitions et choix. De sorte que chacun deviendrait une exception[8]. Or l’exception n’a de sens qu’en tant qu’elle se confronte à une norme. Sans norme, sans règle, sans repère, il n’y a plus d’exception. Ne subsiste qu’un magma informe d’identités désordonnées, désincarnées dont le point commun réside dans l’extrême facilité de manipulation. C’est un des dangers majeurs de l’idéologie du genre.

Retrouverez l’intégralité de ce texte dans HOMO DOMINATUS ou l’imposture néo-féministe.

[1] Judith Butler. Trouble dans le genre. La découverte. 2006.

[2] En dépit de la multitude des discours alarmistes concernant les stéréotypes de genre et l’abondante littérature traitant du sujet, les femmes perpétuent volontairement ou malgré elles bon nombre de « clichés ». Si elles ne rechignent plus à faire le premier pas, elles persistent à aimer être conquises par les hommes et séduites par des valeurs aussi anachroniques que la virilité ou la capacité à protéger. Il n’est guère étonnant que le plus grand succès du cinéma et de la littérature romantique de ces dernières années ait consacré l’histoire d’une jeune femme quelque peu vulnérable qui tombe amoureuse d’un milliardaire, beau, protecteur autant que viril et adepte du sado-masochisme. Christian Grey et ses cinquante nuances ont de quoi donner quelques sueurs froides à Judith Butler.

[3] Par son titre, la série à succès Le juge est une femme laisserait penser que la justice serait un secteur majoritairement masculin, et qu’une femme occupant ce poste constituerait une exception. Or, près de 80% des diplômés de l’Ecole Nationale de la Magistrature, de même que 60% des juges sont des femmes.

[4] Françoise Giroud avait dit en en 1983 que « la femme serait vraiment l’égale de l’homme le jour où on désignerait à un poste important une femme incompétente ».

[5] Marx s’est largement inspiré de la dialectique de Hegel pour définir la théorie de la lutte des classes. Plus tard, pour penser philosophiquement le combat féministe, Simone de Beauvoir allait également s’en inspirer.

[6] Emmanuel Levinas. Le temps et l’autre. Puf. 2014.

[7] Bérénice Levet. La théorie du genre ou le monde rêvé des anges. LGF. 2016.

[8] L’écrivain Frédéric Beigbeder le montre parfaitement dans son roman, Au secours, Pardon. Le héros du livre, Octave Parango travaille pour une grande entreprise de cosmétique baptisée L’Idéal (Lgf. 2008) et dont le slogan est : « Bientôt, vous serez toutes uniques ».

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