Les inégalités salariales femmes/hommes au rayon X

Les inégalités salariales au rayon X : info ou propagande ?

L’un des chevaux de bataille du néo-féminisme réside dans l’écart salarial entre les femmes et les hommes. Or l’écart salarial global observé, considéré comme une inégalité, constitue-t-il réellement une injustice ? Pour Cyrille Godonou, statisticien, le lien entre inégalité et injustice n’est pas immédiat tant ces deux notions sont éloignées l’une de l’autre[1]. Selon lui, l’inégalité est une différenciation hiérarchique sur la base d’un critère donné. Quant à l’injustice, elle est un « concept moral et donc qualitatif ». A poste égal, si deux salariés n’ont pas la même productivité, l’inégalité salariale qui découlera d’une réussite supérieure ne constituera pas une injustice. Par ailleurs, en considérant d’autres variables (heures supplémentaires, travail le dimanche, travail de nuit, ancienneté etc.), l’inégalité salariale entre deux salariés effectuant le même poste est considérée légalement comme juste. En revanche, si à poste égal, un salarié plus productif qu’un autre perçoit un salaire identique, ici, c’est l’égalité salariale qui devient injuste[2]. Avant même de considérer les écarts salariaux globaux entre femmes et hommes, on peut déjà observer des écarts salariaux au sein d’une même profession pour le même sexe. Selon que l’on travaille dans le secteur privé ou dans le secteur public (les infirmiers par exemple), en région parisienne ou en province, dans une grande entreprise ou une petite PME, les écarts salariaux existent avant même de considérer une quelconque forme de discrimination. En somme, inégalité et injustice sont deux termes potentiellement contradictoires mais parfaitement confondus dans le débat, ce qui n’est pas sans générer de la confusion. En conclusion, ce n’est qu’après avoir fait le constat d’une inégalité que l’on peut se poser la question du caractère injuste de celle-ci. L’espérance de vie des hommes est inférieure à l’espérance de vie des femmes. C’est une inégalité, mais s’agit-il pour autant d’une injustice ? Probablement pas. Personne ne se pose la question et c’est sans doute mieux ainsi. Malheureusement, la question des inégalités salariales, elle, demeure constamment posée en tant qu’injustice.

Régulièrement, les médias assènent la statistique comme un couperet. Elle fait les gros titres des journaux et des réseaux sociaux. Les femmes seraient payées 20% de moins que les hommes à travail égal voire 25% pour les plus alarmistes[3]. Les patrons seraient des bandes de machos dont le but inavoué est d’écarter les femmes du marché du travail. Peu importe que ces femmes soient aussi leurs épouses, sœurs, filles, cousines ou mères. Peu importe l’incohérence d’un recrutement quantitatif quasiment égal entre hommes et femmes, alors que les chiffres prétendraient que la main d’œuvre féminine serait moins chère. Dans un monde de l’entreprise où chaque coût doit être optimisé, il serait pourtant curieux et peu cohérent que le méchant patriarcat n’embauche pas uniquement des femmes si ces dernières coûtent moins cher aux entreprises. Cette vision biaisée des choses et ce chiffre totalement inexact jette l’opprobre sur les entrepreneurs et patrons, lesquels seraient d’immondes misogynes et phallocrates. Ces données sont pourtant tout à fait contestables. Car s’il existe une discrimination, porte-t-elle réellement sur le sexe ? Ne porte-t-elle pas sur d’autres facteurs ? Les études débouchant sur ces chiffres sont des études globales. Elles portent sur deux groupes de personnes dans leur totalité, indépendamment de toute variable explicative comme les choix de carrières, de secteur professionnel, le temps de travail, l’ancienneté, les diplômes, les ruptures de carrière, la productivité, le travail de nuit, le travail le dimanche, les heures supplémentaires, les métiers comportant des primes de risques etc.

Partons sur des bases moins globales et plus proches de la réalité que les chiffres présentés plus haut. Selon une étude du cabinet Glassdoor Economic Research publiée le 19 mai 2016 et relayée par le site d’information leparisien.fr[4] : Les femmes avec enfants gagneraient en moyenne 12,4% de moins que les hommes. Nous sommes déjà loin des chiffres standards de 20 ou 25%. Maintenant si l’on regarde la différence constatée entre les salaires des hommes et les salaires des femmes sans enfant, la différence est de 0,4%, soit la quasi égalité. Ces deux chiffrent suffisent à tordre le cou à cette idée largement répandue d’une discrimination salariale entre hommes et femmes. L’Organisation Internationale du Travail (OIT) précise qu’« avoir un enfant n’a qu’un effet négatif réduit […}, les femmes qui ont deux enfants et surtout celles qui en ont trois sont lourdement pénalisées sur le plan salarial ». L’OIT évoque de son côté un écart de 0,7% entre les hommes et les femmes sans enfant, 13,8% pour les femmes avec enfants. Soyons précis. Si discrimination il y a, elle porte donc sur les femmes avec enfant(s). Cette petite précision est importante. Bien souvent pourtant, les médias n’ont cure, dans leurs gros titres, de préciser cet élément fondamental. Evidemment, les réseaux sociaux relaient ces chiffres – mensongers par omission –  en masse sans la moindre analyse ni le moindre recul, contribuant à faire des patrons, de vils suppôts du patriarcat institutionnel.

Prenons un exemple concret avant d’entrer dans le vif du sujet. Le 3 octobre 2017, le site latribune.fr publie à travers son édition Aquitaine un article intitulé[5] « Les femmes 20% moins bien payées que les hommes en Nouvelle Aquitaine ». Le titre assène la sentence. Nul doute, les patrons aquitains sont des salauds de riches qui exploitent les femmes par une rémunération inégale à celle des hommes. Mais lorsqu’on entre dans le détail de l’article, quelques réalités simplement mathématiques permettent d’expliquer cet écart, en dehors de toute discrimination. Partant de cet écart de 20%, l’article indique que « la moitié de l’écart salarial mensuel régional s’explique par le temps de travail exercé : sur l’année, la durée de travail des femmes est souvent inférieure à celle des hommes parce qu’elles sont plus souvent à temps partiel ou avec des périodes sans travail ». Mathématiquement, il n’est pas inaccessible de comprendre que si l’on travaille moins d’heures on gagne moins d’argent. Evidemment, il est intéressant de comprendre pourquoi les femmes travaillent moins en temps, mais on peut déjà clairement relativiser le chiffre annoncé de 20%. Voici ce qu’indique la suite : « L’inégale répartition des emplois des femmes et des hommes par secteurs et catégories socioprofessionnelles explique une autre partie de l’écart salarial ». Là encore, on peut facilement comprendre que si les hommes travaillent davantage dans des secteurs marchands ou financiers, mieux rémunérés, leur salaire moyen est supérieur. Continuons : « […] un tiers de cette différence salariale relève d’effets non mesurés (ancienneté dans le poste ou l’entreprise, diplôme, discriminations) … » On sait que les femmes connaissent davantage de période où elles ne travaillent pas. On peut également supputer que si elles travaillent moins, elles ont moins de chance d’accéder à des postes mieux rémunérés car exigeant plus de responsabilités et d’investissement en temps. La discrimination pure n’est finalement présentée que comme secondaire dans l’explication de cette différence. Entendons-nous bien ; cela ne suffit nullement à penser que le difficile accès des femmes à certains postes ou que la délicate gestion de leur carrière professionnelle et de leur vie de famille ne constituent pas de réels problèmes. Bien au contraire.

D’après une étude de l’université de Colombia et de l’INSEE, 59% des liens partagés sur les réseaux sociaux ne sont même pas cliqués[6]. Ainsi, on imagine sans peine à quel point ce type d’information fausse, à tout le moins largement discutable, imprègne les esprits. De but en blanc, qui lit le titre de cet article voit dans les patrons de sinistres machos se frottant les mains en rémunérant davantage ces messieurs que ces dames. Or l’article dit tout autre chose.

En 2005, le rapport de la députée Marie-Jo ZIMMERMANN sur l’égalité salariale entre les femmes et les hommes[7] évoquait « 25% d’écart moyen et 5% d’écart résiduel correspondant à une réelle discrimination ». Il serait intéressant de se pencher sur la méthodologie de ces études, la qualité des échantillons et l’exploitation des résultats. C’est d’ailleurs ce qu’indiquait ce rapport : « les indicateurs semblent insuffisants pour refléter l’extrême variété des situations d’un secteur d’activité à l’autre, d’une entreprise à l’autre, et permettre notamment de détecter les critères de discrimination dans la définition, la classification des emplois et le niveau qu’y occupent les femmes. » D’ailleurs, pour avoir la prétention d’affirmer que les hommes sont mieux payés que les femmes, il conviendrait de réaliser une étude portant sur des centaines de milliers d’hommes et de femmes exerçant exactement le même métier, les mêmes missions ; il conviendrait de les suivre quotidiennement, heure par heure afin de s’assurer que leurs comportements et méthodes produisent exactement les mêmes résultats. Ce qui est impossible bien entendu. On lit très souvent la phrase : « à poste égal et compétences égales, les femmes sont moins payées que les hommes. » Les statisticiens entendent par compétences les diplômes. Or les diplômes ne présagent rien de la qualité du travail et des résultats obtenus. S’agissant d’expliquer les injustices salariales, cette formule a peu de sens.

Ces affirmations mensongères, à tout le moins trompeuses, ont pour principal but de servir une idéologie en perpétuant le poncif de l’éternel mâle dominant et oppresseur. Marianne Bertrand de la University of Chicago Booth School of Business a mené une étude sur le sujet et livré des explications confirmant certains points évoqués plus haut. Les femmes n’effectuent pas le même nombre d’heures de travail que les hommes. Plutôt que de disserter sur la prétendue misogynie des patrons, il serait intéressant de comprendre les causes. On peut estimer que la vie de famille est la principale raison. Si tel est le cas, les femmes choisissent-elles de travailler moins et pourquoi ? Est-ce un choix qui leur est imposé ou résulte-t-il d’une réflexion commune avec leur conjoint ? Si l’on étudie les salaires en faisant fi de l’écart de temps travaillé, il est évident que les femmes gagneront moins puisqu’elles toucheront moins de variable. Elles auront également moins accès à des postes de cadre ou à responsabilités. Or la question de l’investissement dans le travail – vecteur de primes et de promotions – est-elle posée ? Qu’en est-il des métiers dangereux, soumis aux primes de risques ou aux primes de pénibilité majoritairement exercés par les hommes ? Afin de tendre vers l’égalité, devrons-nous contraindre les femmes à délaisser des secteurs qu’elles privilégient (marketing, social, droit, santé / médecine…) pour des secteurs plus rémunérateurs comme le commerce, la banque ou la finance ? A l’opposé, devrons-nous également forcer les hommes à exercer des métiers dont ils ne veulent pas ? Si oui, en quoi l’égalité vaut-elle plus que la liberté ? Nous y reviendrons plus tard lorsque nous évoquerons le concept de parité. Au final, les études relayées dans les médias sont promptes à livrer des conclusions partielles et partiales. Elles posent des questions mais ne sont jamais suffisamment exhaustives et détaillées.

Pour terminer, il est une inégalité dont on parle peu, c’est l’inégalité salariale des femmes et des hommes à leur compte. On constate en effet que dans le cas où elles sont leurs propres patronnes, les femmes se versent des salaires inférieurs. Le patriarcat ne saurait être responsable de cela, ceci-étant, les néo-féministes avancent une explication d’ordre culturel qui est tout à fait intéressante et enrichissante pour le débat. Dans le deuxième tome du Deuxième Sexe, Simone de Beauvoir indique que l’éducation des petites filles, contrairement aux petits garçons, ne les porte pas vers la valorisation de soi, la confiance, la compétition ou encore la prise de risque. En d’autres termes, si les femmes se versent des salaires inférieurs, c’est parce qu’elles se dévalorisent et ne pensent pas mériter davantage. Le constat est identique s’agissant des salariées qui, se bridant elles-mêmes, n’osent pas demander d’augmentation de salaire. Cette conception a du sens mais peut être nuancée. Tout d’abord, elle part du principe que les femmes et les hommes ont rigoureusement le même rapport à l’argent et une idée de la réussite qui ne passe que par le prisme financier. Elle part également du principe que les femmes et les hommes fournissent exactement le même travail. On peut en douter lorsqu’on observe les rémunérations que se versent les médecins hommes et femmes au regard du nombre d’actes qu’ils pratiquent. En effet, on constate que les médecins hommes ont une conception plus quantitative de leur travail que les femmes. Les actes qu’ils facturent sont plus courts et donc davantage rémunérateurs. Les médecins femmes font le choix, qualitatif, de passer plus de temps avec leurs patients, ce qui se traduit par des revenus inférieurs[8]. Il s’agit là d’un choix rationnel, parfaitement explicable, qui n’a que peu à voir avec la domination patriarcale et qui, du reste, est tout à l’honneur des femmes. S’agissant des demandes d’augmentation ou encore de la négociation du salaire, on peut observer qu’il s’agit bien davantage d’un problème de tempérament, de caractère mais aussi de formation, qu’une question de culture. Je n’ai pour ma part jamais demandé la moindre augmentation de salaire. Celles que j’ai eues m’ont été attribuées en récompense de mon travail, au demeurant, je n’en ai jamais fait la demande par manque de courage, peut-être, de caractère et de formation, certainement. En revanche, j’ai connu des femmes bien plus habiles et loquaces pour entrer dans ce type de démarche. Des outils doivent ainsi être mis à disposition de tous les étudiants et salariés, hommes et femmes, afin de les aider à mieux s’évaluer et obtenir une juste rémunération. Il n’existe nulle égalité devant ce genre de situation.

Retrouver l’intégralité de ce texte dans HOMO DOMINATUS ou l’imposture néo-féministe ici.

[1]http://cyrille.godonou.free.fr/Questions%20sociales/Le%20mythe%20de%20l%20ecart%20salarial%20%C3%A0%20travail%20egal.htm

[2] Jusqu’en 2012, l’assurance auto des femmes était moins chère que celle des hommes. Plus responsables et meilleures conductrices, contrairement au cliché tenace, les femmes bénéficiaient logiquement de tarifs plus avantageux. C’était sans compter une directive européenne qui croyait déceler dans ces tarifs une discrimination. Ainsi, depuis 2012, les femmes paient le même prix que les hommes. À défaut d’être juste, les choses sont égales… On réalise à quel point la quête d’égalité peut tourner à la farce, grotesque et idéologique. Dans les faits, les femmes continuent heureusement de payer moins, les assureurs ayant trouvé la parade en déterminant le coût de l’assurance en fonction de son potentiel de risque.

[3] http://www.lepoint.fr/economie/les-femmes-gagnent-encore-25-de-moins-que-les-hommes-01-12-2017-2176595_28.php

[4]http://www.leparisien.fr/laparisienne/societe/interactif-les-francaises-sans-enfant-sont-mieux-payees-que-les-mamans-18-05-2016-5807061.php

[5] https://objectifaquitaine.latribune.fr/conjoncture/2017-10-03/les-femmes-20-moins-payees-que-les-hommes-en-nouvelle-aquitaine-752619.html

[6] https://hal.inria.fr/hal-01281190

2 http://www.assemblee-nationale.fr/12/pdf/rap-info/i2243.pdf

[8] http://sante.lefigaro.fr/actualite/2013/10/30/21458-femmes-meilleures-medecins-que-hommes

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