J’ai regardé et écouté chanter Bilal Hassani ; et j’ai survécu.

     A moins de vivre dans la cave de Papa Fritzl, tu n’es pas sans savoir que le représentant français pour l’Eurovision 2019 a été désigné : il s’agit de Bilal Hassani. Je m’intéresse à la culture hein. Mais je te cache pas que je ne connaissais pas le gonze. Alors j’ai fait comme n’importe quel connard en 2019. J’ai tapé son nom sur internet et Gogol m’a proposé de regarder des vidéos de notre popstar du moment. Banco. Je venais de saigner un Faites entrer l’accusé sur Jean-Claude Romand. Tu sais ? Le mec qui a déglingué toute sa famille parce que sa femme avait compris qu’au lieu de bosser à l’OMS en tant que chercheur comme il prétendait, le mec passait ses journées à monter des escroqueries à la Madoff en enchaînant les magazines Géo dans sa voiture. En 20 ans, le mec est devenu tellement calé en nature qu’il t’aurait fait passer Haroun Tazieff pour un lycéen en première SVT. Quel génie ! Tu comprends à quel point j’étais à fleur de peau.

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         Me voilà donc sur Youteub à regarder une vidéo de Bilal Hassani. Et là c’est le choc. Sur mon écran, une espèce de Dalida anorexique sans strabisme qui balance un « Booooonsoooiiiiiiiiiir Paaaaarriiiiiiiiss » ponctué de vocalises nous rappelant les heures les plus sombres de l’histoire. C’est-à-dire celles où Mariah Carey, pas encore devenue une saucisse de Morteau avec du mascara, trustait les ondes radiophoniques à base de ridicules arabesques vocales de cet acabit. Je ne vais pas te mentir. Au bout d’1min30, j’ai abandonné. Pourtant, Dieu sait que les émissions de Denis Brogniart m’ont appris qu’ « il ne faut rien lâcher ». Mais c’était trop pour moi. Une voix nasillarde à te causer un œdème cérébral ainsi qu’un vocabulaire aussi pauvre que celui de Franck Ribéry ont eu raison de ma ténacité.

         Je me suis alors dit que je n’avais pas le droit de juger sur pièce de cette manière. Il fallait au moins l’écouter chanter. Après tout, il est là pour ça paraît-il. Alors je tape son nom et le titre de sa chanson sur la barre de recherche : Roi. Lecture. Notre Dalida d’Ethiopie est bien là et… ho putain !!! Zoom arrière. Comment te dire ? Disons que sa construction cellulaire s’est égarée quelque part entre l’être humain et la gambas. Tu me trouves dégueulasse ? Je t’emmerde. Si on a le droit de se foutre ouvertement de la gueule de Mireille Mathieu (elle cherche un peu avec sa coupe d’André Gluscksman), je ne vois pas au nom de quoi on n’aurait pas le droit de tailler Bilal Hassani.

         Mais parlons musique. Des notes de piano entendues mille fois. Des accords pompés à Julien Doré sous Prozac (c’est dire). Et des paroles dignes d’un poème de ta fille de 6 ans. Enfin pas tout à fait car le gonze chante moitié-français moitié-anglais (visiblement, c’est pas le seul truc sur lequel il hésite…). Le français est la langue olympique. Du XVIIème à la fin du XIXème siècle, le français était la langue de toutes les cours d’Europe et bordel de merde, en 2019, pour être swag il faut user de la langue des rosbifs. Ça me fait penser à ces mots de Rousseau : « La langue suit les vicissitudes de la nation ». Putain mais jusqu’où on va aller pour s’humilier ? En bon français, je préfère mille fois perdre avec les honneurs que gagner dans la honte.  Bilal s’en fout. Il enchaîne les rimes pauvres et jongle entre la langue de Shakespeare et la langue de Marc Lévy. Je ne résiste pas à l’envie de te faire croquer un peu :

You put me in a box, want me to be like you
Je suis pas dans les codes, ça dérange beaucoup
At the end of the day, you cannot change me, boo
Alors, laisse-moi m’envoler.

         On y est. Christopher Lasch appelle ça « La culture de l’Homme-Narcisse », thème particulièrement cher aux chanteurs d’aujourd’hui : Moi, moi, moi, moi, moi en résumé. Je suis ce que je suis et ne comptez pas sur moi pour changer. Il faut m’accepter ainsi. Je n’ai qu’une philosophie, être accepté comme je suis… Bref, toute la rhétorique soixante-huitarde que l’on inocule à nos petites têtes blondes et qui n’est en réalité qu’une négation de la civilité.

        Je n’ai absolument rien contre Bilal Hassani. Entendons-nous bien. Les attaques qu’il subit sur sa sexualité ou son apparence son lamentables. Mais, j’estime que la place qui lui est accordée est bien davantage liée à sa sexualité et son apparence qu’à son talent. Et qu’il n’est pas étonnant que les critiques qui lui sont adressées relèvent de cela et non de sa musique. Car soyons clair. Sa chanson est pourrie (ils s’y sont pourtant mis à plusieurs pour l’écrire). Le texte est naze. Le mec chante à peine mieux que Georges-Alain Jones. Bref, je regrette que sa chanson n’ait pas été appréciée indépendamment de certains critères qui n’ont rien à voir avec la musique : sa queeritude, son homosexualité, sa couleur de peau, son blaze. Être hybride (je suis bien obligé d’employer ce terme puisqu’il ne veut pas être mis dans une case) ne dispense pas d’un certain talent. Voyez donc les Freddy Mercury, David Bowie, Beth Ditto ou Poppa Chubby. Résultat de recherche d'images pour "freddie mercury i want to break free"Eux-aussi ont dû recevoir des paquets de merde sur la tronche dans leur vie. Avec cette différence notoire : le talent. Je persiste à penser que Bilal Hassani est avant tout un symbole, celui des minorités. Et que c’est le symbole qui a présidé à sa désignation, bien avant son talent. Et si l’on peut me répondre que les goûts et les couleurs ne se discutent pas, je rétorquerais qu’on s’habitue au goût de la merde, et qu’on finit même par l’aimer quand on a que ça à bouffer. Si tu emmènes un gonze qui n’a jamais vu la mer à Palavas-les-Flots et que tu lui dis qu’il n’existe rien d’autre, il va trouver ça vachement beau. Bah c’est à peu près pareil.

         Après avoir visualisé sa vidéo, je me suis dit que sa chanson était tout à fait symbolique de toutes les bouses que l’on peut entendre aujourd’hui : des trucs sans âme, sans puissance, sans saveur. Des chansons qui ne doivent pas dépasser les 2min30 pour tourner sur W9 entre « Les marseillais à Ouarzazate » et « Les ch’tis à l’Académie Française » (je déconne, ça je regarderais). En fait, Roi, la chanson de Bilal, c’est de la Cristaline. Et en ce moment, j’ai plutôt envie d’alcool de patate, d’un truc qui te décolle la glotte comme Gigi avec l’alcool des montagnards dans Les bronzés font du ski. J’ai tapé « Bruce Springsteen live Barcelona 2002 » sur Youteub et là, la délivrance. Image associéeUne scène gavée d’amplis Marshall ; un batteur de cinquante balais qui massacre ses fûts ; de la transpi ; un mec qui gueule dans son micro la chemise pleine de sueur ; un solo de six cordes et des perles qui se fracassent sur le manche ; un public qui hurle et qui saute ; de la puissance et des putains de frissons.

        Quand tu regardes Bilal Hassani chanter, tu te dis qu’il aurait mis un brin de muguet au bout de son fusil à Verdun. Il aurait coloré ses lèvres de son plus beau gloss. Et il aurait hurlé aux allemands : « Noooon ne tirez pas !!! Acceptez-moi comme je suis !!! » Avec Springsteen et son groupe, dans les tranchées, vous vous seriez regardés.  Sans un mot. Puis Bruce le boss aurait dit : « Les gars, aujourd’hui, on va buter du casque à pointe ». Et tu y serais allé après avoir changé de slip pour en mettre un plus grand afin de supporter la taille de tes nouvelles boules.

       Bruce Springsteen est hélas bien démodé. Le stéréotype musclé qui pue l’homme et change de chemise six fois par concert, c’est has-been et oppressif. Bilal est certainement un gentil garçon. Mais je souffre que le cliché qu’il représente soit érigé en exemple, de l’Eurovision au cirque Pinder de l’Elysée. Résultat de recherche d'images pour "fete de la musique à l'elysée" Je veux revoir des Bruce Willis, des Sylvester Stallone, des Steven Seagal et des Conan le Barbare. Et je me fais du bien en regardant Bruce Springsteen jouer de la guitare en hurlant dans son micro, les jambes tellement écartées par ses bolocks chargées en testostérone qu’il ferait passer Raoul Bitembois pour Farinelli.

      Je te laisse mater ces deux titres live du Boss et tu verras qu’après ça, tu auras envie d’envahir la Pologne ou descendre dans la rue pour sauver la veuve et l’orphelin.

      Salut les tanches.

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