DEMEURE

Auteur : François-Xavier Bellamy

Date de publication : 2018

Synthèse :

         Quatre ans après Les Déshérités ou l’urgence de transmettre, François-Xavier Bellamy récidive avec un nouvel ouvrage passionnant intitulé Demeure. Après avoir analysé la crise de la transmission de la culture qui touche notre société, Bellamy dénonce l’ère du mouvement perpétuel dans laquelle nous vivons. En l’occurrence, le mouvement n’est pas une mauvaise chose nous dit l’auteur. Bien au contraire. Mais le mouvement devient néfaste lorsqu’il n’existe pas en dehors de lui-même, c’est-à-dire lorsqu’il n’est habité par aucun but clairement défini. Or, le changement a pour but de nous permettre d’atteindre un ordre stable, ce qui est impossible dans un monde où l’impératif catégorique réside dans le mouvement. Le mouvement ne peut être perçu si tout bouge en permanence. Le mouvement ne peut être perçu si rien n’est au repos. A la manière de deux trains parallèles qui avancent à la même vitesse, et dont les passagers ne peuvent percevoir qu’ils se déplacent. Si nous ne savons pas vers quoi nous déplacer, le mouvement n’est que frustration. Et toute notre vie est désormais régie par le mouvement, devenu symbole de « modernité ». Cette modernité qui s’oppose à l’idéal classique, dont la discipline spirituelle et intellectuelle résidait bien davantage dans la recherche du repos, de la contemplation et de la méditation, comme dans le bouddhisme ou le stoïcisme.

         Le propos de Bellamy est donc de mettre en garde contre un optimisme béat qui fait voir ce qui va arriver comme bon par principe. D’aucuns pourraient voir dans la thèse de Bellamy un propos réactionnaire proche du « c’était mieux avant ». D’une certaine manière oui. Mais ce faisant, Bellamy ne se montre pas plus réactionnaire que le progressiste. En effet, l’auteur explique que ce que nous envisageons comme un progrès n’est rien d’autre qu’une évolution de la technique, laquelle nous offre dès lors plusieurs perspectives. Mais au-delà de ce choix apparent, il y a des contraintes nouvelles. La question qui se pose alors est celle de savoir sur quoi nous acceptons de faire porter la contrainte. Si nous avons développé de nouveaux modes de transport toujours plus rapides, nous avons étendu notre « surface de vie » et de ce fait, nous passons plus de temps que jadis dans les transports. Mais les transports sont également devenus plus polluants. Ainsi, le vélo ou la marche à pied redeviennent plébiscités dans une forme de retour en arrière contraint qui se pare des atours du progressisme. Il en va de même de la culture bio qui n’est rien d’autre que la résurgence d’un mode de culture passé, alternative indispensable et responsable à la culture de masse, longtemps considérée comme un progrès.

         Si ce qui arrive est bon par nature, alors notre monde ne vaut pas le coup d’être vécu au présent. En ce sent, cette culture du mouvement est un nihilisme, selon l’auteur. De cette vision naît une forme d’optimisme dépressif, c’est-à-dire d’un côté cette capacité à se projeter dans un futur nécessairement meilleur, et de l’autre cette idée qui en émerge que ce que nous possédons aujourd’hui est fade et sans intérêt. Le futur que l’on fantasme nous conduit à détester le présent que l’on vit. Il nous faut retrouver la sagesse de Saint-Augustin lorsqu’il disait : « Le bonheur, c’est continuer à désirer ce que l’on possède déjà ».

         Cette obsession du mouvement est partout. Dans la volonté transhumaniste de changer l’Homme (l’Homme augmenté, par opposition à l’Homme diminué comme le fait remarquer l’auteur avec justesse). Dans le monde politique où la promesse de changement devient l’opium des électeurs. Ou encore dans le monde économique bien sûr, où la mobilité rime avec utilité et rentabilité. La culture du mouvement est l’antithèse de l’économie au sens premier du terme. Notre système économique est basé sur la consommation, donc la destruction (obsolescence programmée). Ce paradigme conduit à une perte de sens du travail, puisque ledit travail est sans cesse dépassé.

         De façon globale, l’attrait pour le mouvement conduit à une forme de désincarnation du monde et de destruction de notre condition humaine. Le mouvement semble être la solution court-termiste d’une société incapable de se fixer pour observer le monde avec recul et sagesse. Demeure n’est pas un appel à la réaction, bien au contraire. Le mouvement est nécessaire d’après l’auteur. Mais le mouvement n’est que gesticulation lorsque tout bouge dans aucun but précis. Et là est l’enjeu de notre époque, définir un but, un sens à donner à la vie, donner de la valeur aux choses en renonçant au relativisme nihiliste qui tue notre civilisation occidentale, afin de définir ou redéfinir ce que sont le beau, le juste et le vrai.

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