Morts pour rien.

Temps de lecture : 3 minutes.

        Ils sont revenus en France. Le Président de la République les attendait à l’aérodrome militaire de Villacoublay, devant journalistes et photographes. Les élections européennes ont lieu dans deux semaines. Tout est bon à prendre. Dans l’histoire, deux militaires français sont morts. « Pour la France » a indiqué la Ministre des Armées, Florence Parly. Non, ils sont morts pour rien. Aucun enjeu national, juste l’inconscience et l’inconséquence de deux touristes français, bercés de naïvetés et d’idéaux dans une région du monde gangrenée depuis des années par l’islamisme dont la progression fulgurante n’épargne rien. Certes, c’est après leur prise d’otage que le Quai d’Orsay a mis à jour la liste des zones rouges. Il n’en reste pas moins que le Parc de Pendjari se situe à quelques centaines de kilomètres des zones extrêmement sensibles de la frontière avec le Burkina Faso et est classé en zone orange, c’est-à-dire en « fortement déconseillée sauf cas de force majeur ». A leur arrivée, les otages ont eux-mêmes regretté de ne s’être pas suffisamment renseignés sur le contexte africain local. Un couteux mea culpa.

*

        Ces deux touristes n’étaient pas des émigrés (qu’on remplace par le moins rigoureux « expatriés »). Ils n’étaient pas des humanitaires, ni des reporters de guerre.

Faisons une digression sur ce dernier point. Le droit à l’information est une valeur essentielle de notre république. Pour autant, la vie des hommes n’est pas à ce prix. Lorsque Stéphane Taponier et Hervé Ghesquière avaient été enlevés en Afghanistan, la France journalistique s’était immédiatement mobilisée. Le portrait des journalistes ornait le fronton de la Mairie de Paris. Mais ces derniers avaient bravé les recommandations des forces armées françaises qui connaissaient par cœur la région, et qui leur avaient déconseillé de se rendre là où précisément avait eu lieu le rapt. Par souci du scoop, de l’info exclusive, ces journalistes avaient pêché par hybris.

       Revenons à notre sujet. Ces deux touristes ont fait le choix, pour leur propre plaisir, de se rendre dans une zone extrêmement instable et dangereuse. Quelle part de responsabilité ont-ils dans la mort de ces deux hommes ? Chacun se fera son opinion. Pour ma part, je pense que notre désir arrogant de liberté se heurte au principe de responsabilité qui nous incombe. Des endroits merveilleux du monde sont inaccessibles par leur dangerosité. Tant pis. Nous pouvons et devons nous en passer.

*

      C’est évidemment dur à entendre. Mais je n’ai aucune compassion pour ceux qui prennent des risques inconsidérés pour leur plaisir, bien que prévenus des dangers encourus. Il y a quelques jours, un surfer est mort sur l’île de la Réunion, croqué par un requin. Le terme requis pour ce type de décès-darwin est « attaque de requin ». Or le requin est chez lui. Il n’attaque pas mais tente de vivre tout simplement. Le surfer était prévenu puisque la baignade était interdite précisément en raison de la présence de squales et l’absence de répulsifs. Depuis, l’île est en émoi et des pêches préventives vont probablement avoir lieu (comme ce fût le cas régulièrement dans le passé) pour rassurer la population et parce qu’il faut bien trouver un responsable. J’éprouve bien évidemment de la peine pour ses proches. Mais je n’ai aucune compassion pour ce surfer dont la stupidité est la cause première de sa mort. Il en va de même de ces touristes qui vont chercher loin de leur pays l’exotisme de ces « aventures humaines » qu’ils ne manquent pas de conter. Parce qu’ils « trouv[ent] beau tout ce qui vient de loin » comme écrivait Baudelaire, ils pérégrinent à travers le monde au mépris du bon sens. Faut-il vraiment leur venir en aide et risquer la vie d’hommes innocents pour les sauver ? Cela mérite franchement réflexion.

*

    Mais l’indécence n’est pas uniquement dans cette quête égoïste d’exotisme. L’indécence s’incarne dans la personne d’Emmanuel Macron qui n’hésite pas à accueillir les deux voyageurs dont l’inconséquence a pourtant coûté la vie à deux soldats d’élite. C’est aux familles de Cédric de Pierrepont et Alain Bertoncello que Macron devait rendre les premiers honneurs. Lui qui avait martelé au début de son quinquennat : « Je suis votre chef », comme pour mieux se persuader qu’il l’était. Entendons-nous bien. Les ordures dans l’histoire, ce sont les islamistes. Ne l’oublions pas. Mais il y a un principe de responsabilité à adopter au risque d’impliquer des tiers innocents dans son inconséquence.

A Cédric de Pierrepont et Alain Bertoncello.

Victor Petit

2 commentaires

  1. Lh’istoire se répète avec de nombreuses autres personnes qui risquent leur vie pour les skieurs qui font du hors piste, pour les randonneurs dans des coins hyper dangereux. Des pompiers, des secouristes, des gendarmes, pour une poignée de gamins gâtés, gavés.. Quant au Président, quoi qu’il fasse ce sera pour vous toujours mal. Vous l’avez classé ainsi. Ce n’est pas 1 problématique d’une telle gravité qui LUI FERA GAGNER des élections . Seul aveugles le voteront pour ce genre de comportement vis à vis de ces personnes. A bon entendeur! QT à moi je re-voterai pour lui, quoi que vous disiez. sIMPLEMENT PARCE QUE J4AI ENVIE DE CROIRE EN LUI? ET CELA ME REGARDE;

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    1. Mais je suis tout à fait d’accord avec vous s’agissant des skieurs hors-piste ou encore des marins d’eau douce qui sortent par avis de grand frais. La liste est non exhaustive et je n’ai pas cité tous ces exemples par peur d’alourdir le texte.

      Contrairement à ce que vous semblez penser, je ne suis pas sectaire et peux parfaitement reconnaître les bonnes idées de notre Président, lesquelles sont à mon sens presque inexistantes. Cela me regarde également.

      Je vous retourne l’argument Michèle. Quoi que fasse M. Macron, ce sera toujours bien pour vous. J’ai parfaitement le droit de le critiquer comme vous avez parfaitement le droit de l’adorer au sens presque religieux du terme puisque vous avouez « croire » en lui. Mais méfiez-vous du verbe croire. Vous ne croyez pas que 2+2 font 4, vous le savez. Or si vous croyez, c’est précisément que vous avez un doute. Bonne nouvelle Michèle, le doute est le premier pas vers la sagesse 🙂
      Merci pour votre commentaire et bonne continuation à vous.

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