Gilets noirs pour nuit blanche

Temps de lecture : 3 minutes.

       Il y a quelque chose de bien singulier dans le mouvement des Gilets Noirs, ce collectif de sans-papiers qui a occupé brièvement le Panthéon à Paris vendredi 12 juillet. Non dans l’utilisation markettée d’un terme – gilet – qui aurait bien fait d’être breveté par un quelconque esprit malin, mais bien davantage dans la revendication elle-même. L’objectif de cette action coup-de-poing était d’interpeller le Premier Ministre Edouard Philippe et bien sûr, d’exiger des papiers. Les quelques 700 personnes ont été évacuées et bien sûr, certaines bonnes consciences de gauche, toujours dans la mesure, n’ont pas hésité à parler de « rafle » s’agissant de l’évacuation d’un monument historique de France investi illégalement par des personnes elles-mêmes en situation illégale.

       Ce pays représente si parfaitement le paroxysme de la chienlit qu’il en est devenu un territoire sur lequel on peut afficher, de manière totalement décomplexée, son mépris le plus arrogant des lois et de la souveraineté de l’Etat auquel on prétend adhérer. La France s’est tellement bradée depuis 30 ans qu’elle n’est plus qu’une vieille maquerelle qui vend ses servies aux moins-offrants. Etre français n’est rien d’autre qu’un sésame ouvrant la porte du cœur généreux des français. Il n’existe plus de rapport charnel à la nationalité française, de sorte qu’exiger celle-ci, alors même qu’on est en situation irrégulière, ne pose aucun dilemme moral ni n’inspire la moindre crainte d’une éventuelle sanction. On peut se demander quel intérêt supérieur peut bien valoir la nationalité française et quel respect peut-on lui accorder quand s’afficher ostensiblement sur notre territoire sans disposer de celle-ci n’expose à aucun châtiment…

        Depuis l’évacuation des sans-papiers de l’Eglise Saint-Bernard en 1996, qui avait fait longuement chouiner Emmanuelle « Mère Theresa » Béart, rien n’arrête les illégaux – que l’on ne nomme plus « clandestins » ; d’ailleurs comment le pourrait-on puisqu’ils n’ont guère peur d’afficher leurs visages. Qu’ils soient réfugiés ou immigrants économiques, les exigences de ces derniers finissent par mettre la France au pied du mur, elle qui s’affiche depuis plus de deux siècles comme le « Pays des droits de l’Homme ». Et comme abondance de droits ne nuit pas… Mon point de vue peut paraître sévère. Il part d’un principe élémentaire qui s’appelle le bon sens. Exiger requiert soit d’être irréprochable, soit de disposer d’un moyen de pression quelconque. On ne peut solliciter la bonté de quelqu’un tout en se montrant exigeant de lui.

        Mais pas pour la gauche qui ne voit aucune contradiction dans le fait d’implorer de l’aide tout en pratiquant l’art de la sommation. Raphaël Glucksmann par exemple, fraîchement élu Député européen, se félicitait sur Twitter de débarquer au Parlement de Bruxelles accompagné d’Hamad Gamal, réfugié soudanais, auteur d’une « magnifique lettre aux dirigeants européens » écrit l’essayiste, et qui « exige une réponse » sur la question de la crise migratoire. Lorsqu’on se réfugie chez quelqu’un, on requiert sa sollicitude, sa bienveillance désintéressée et son dévouement. Donc on n’exige rien que son bienfaiteur ne veuille nous offrir… Qu’il s’agisse d’Hamad Gamal, réfugié soudanais, ou du collectif des gilets noirs composé d’immigrants en situation illégale, on ne quémande pas d’une main pour gifler de l’autre, à moins de sombrer dans l’indécence.

     La générosité française n’est plus à prouver. Ou comment expliquer l’engouement toujours croissant des peuples d’immigration extra-européenne à rejoindre l’hexagone ? Notre manque chronique de fermeté n’a fait que dévoyer la nationalité française, laquelle ne figure plus un attachement à une nation et à une culture qui requiert le sens du devoir et le dépouillement d’une partie de soi, mais un simple droit tenu pour acquis. Droit que l’on exige sans nécessairement le mériter. La France ne peut plus se laisser marcher dessus ainsi. Comme disait Thucydide : « Les Hommes sont ainsi faits qu’ils méprisent ceux qui les ménagent, et qu’ils respectent ceux qui ne leur concèdent rien ». Il est plus que temps de se faire de nouveau respecter. La confiance des français dans la nation est à ce prix.

Victor Petit

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