La fin des hôtesses du Tour de France

Temps de lecture : 3 minutes.

     C’est la mort annoncée des podium girls du Tour de France. En Australie déjà, elles furent interdites dès 2017. La gronde des élus parisiens ainsi qu’une pétition lancée en Allemagne contre cette « tradition sexiste » auront bientôt la peau de ces jeunes femmes dont l’activité professionnelle est pointée du doigt. Le premier gros coup porté aux podium girls fut à l’initiative du monde très masculin de la Formule 1.

      Le 31 janvier 2018, Liberty Media, nouveau propriétaire de la société d’organisation des courses automobiles de Formule 1 annonçait la fin des grid girls, ces jeunes hôtesses à la plastique parfaite qui animaient les tribunes, les paddocks et la piste. Le motif invoqué par Liberty Media est que la tradition des grid girls « ne correspondait pas aux valeurs défendues par (leur) marque et était clairement en contradiction avec les normes sociétales actuelles. » Ce qui était reproché aux grid girls ? Leur rôle de femme-objet. Ce fut bien évidemment une victoire du néo-féminisme qui se félicita aussitôt de ce qui était considéré comme un acte de libération. La grid girl représentait le symbole d’une femme aliénée à la concupiscence des hommes par l’image de son corps désincarné. Les libérer passait par la suppression d’un emploi qu’elles avaient pourtant librement choisi. Qu’en pensèrent-les grid girls ? Elles eurent la sensation évidente et légitime de vivre une injustice. Elles avaient le sentiment que cette décision radicale s’était basée sur un a priori s’agissant de leur mission qui allait bien au-delà de l’image de potiche dont les néo-féministes les affublaient. Elles bénéficiaient d’un important service de sécurité, elles choisissaient elles-mêmes leurs tenues et décrivaient une ambiance très familiale au sein de leur milieu. Lors d’une interview donnée à France Info, Samantha Young, grid girl assumée, résumait à la perfection l’absurdité de cette décision : « je ne pense pas que l’on puisse être vraiment féministe et, dans le même temps, dire à un groupe de femmes qu’elles ne peuvent pas faire un travail qu’elles aiment et qu’elles ont choisi de faire. » Si les grid girls ont dispararu, quid des mannequins en général ? De Sports Illustrated à Playboy en passant par Lui, un nombre conséquent d’emplois risque d’y passer.

       Le plus étrange, c’est que le féminisme intersectionnel a plutôt pour vocation de ne laisser s’exprimer que les « concernés ». Dit autrement, pour le néo-féminisme, seules les personnes qui se disent victimes de racisme ou de sexisme ont le droit de s’exprimer  sur ces sujets (d’où les camps décoloniaux interdits aux blancs ou encore les réunions en non-mixité). Dans l’affaire des grid girls ou des hôtesses de podium,  c’est exactement l’inverse. Ce sont les « concernées » qui n’ont pas droit à la parole et qui subissent par la même occasion une double peine : l’anathème s’agissant d’une activité professionnelle de « dépravée » ou « d’esclave sexuelle » qu’elles auront pratiquée, et la perte de celle-ci au nom d’un prêt-à-penser qui les aura vu privées de parole.

        En résumé, le néo-féminisme prétend d’un côté libérer les corps : les femmes doivent pouvoir porter ce qu’elles veulent dans la rue, elles doivent avoir la maîtrise de leur corps et jouir de celui-ci comme elles le veulent. De l’autre côté, le néo-féminisme dessine les contours d’un nouveau puritanisme qui s’inscrit parfaitement dans ce que j’ai appelé le moralisme libertaire (lire l’article ici). De sorte qu’une Emily Ratajkovski, mannequin de charme et féministe revendiquée entend bien continuer à faire rêver les hommes par l’exhibition fréquente de son corps de rêve au nom de la liberté de jouir de celui-ci. Et dans le même temps, Sally Howard, journaliste féministe qui s’est félicitée de la fin du métier de grid girl abhorre ce que précisément sa supposée collègue de lutte Emily Ratajkovsi défend. On peut établir le même constat s’agissant de la question de la prostitution. Le néo-féminisme est partagé entre l’argument de la libération des corps qui de fait donne crédit à cette activité, et la condamnation du corps féminin comme objet de désir rendant immorale la monétisation de celui-ci. Ainsi pouvons-nous écouter les discours féministes d’Ovidie et Marcela Iacub qui défendent le droit de se prostituer et les discours féministes de Caroline de Haas et Anne-Cécile Mailfert qui appellent à son interdiction. Le néo-féminisme est un concept fourre-tout qui, au-delà d’une apparente idéologie claire et cohérente, regroupe en réalité un fatras de contradictions et d’absurdités.

       Pour en finir, posons-nous la question, le néo-féminisme entrerait-il en guerre contre des podium boys si tant est qu’ils existassent ? Il y a peu de chance me direz-vous. Le cyclisme est « un sport pensé et organisé par des hommes pour les hommes » nous dit Vikash Dhorasso l’intellectuel. Et bien si. Ils existent. La non-mobilisation du néo-féminisme pour libérer ces pauvres esclaves sexuels montrent à quel point le combat contre les podium girls est idéologique. Du reste. Je vous laisse observer les photos ci-dessous. Vous verrez ce que vous voudrez. Moi je vois des sportives tout-sourire dont les yeux de la victoire pétillent alors que deux beaux hommes les consacrent par l’espiègle baiser du vainqueur. Aucun sexisme là-dedans. Mais on ne regarde que ce que l’on cherche à voir.

Victor Petit

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Ce texte est en partie extrait de mon livre : HOMO-DOMINATUS ou l’imposture néo-féministe.

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