Génération Identitaire ou l’avènement d’une justice morale

Temps de lecture : 4 minutes.

         Trois responsables de Génération Identitaire ont dont été condamnés pour leur action contre l’immigration à la frontière italienne en 2018. Petit rappel des faits : il y a deux ans, GI (Génération Identitaire) créait l’événement en menant une opération d’envergure visant à dénoncer l’incapacité des pouvoirs publics à appliquer les lois relatives à la protection des frontières et ce au moment où la loi Asile et Immigration était au vote à l’Assemblée Nationale. Cette action visait à mettre en place un simulacre de frontière dans les montagnes alpines, tenu par quelques dizaines de manifestants vêtus de casquettes et anoraks bleus. Avait également été loué un hélicoptère pour filmer une grande bâche sur laquelle figurait l’inscription « No way ». Par la suite, quelques membres de l’organisation simulèrent des patrouilles (civiles et non-armées bien entendu) visant à repérer d’éventuels migrants pour les remettre aux forces de l’ordre, s’appuyant ainsi sur l’article 73 du Code Pénal qui dit que « dans les cas de crime flagrant ou de délit flagrant puni d’une peine d’emprisonnement, toute personne a qualité pour en appréhender l’auteur et le conduire devant l’officier de police judiciaire le plus proche. » L’objectif de cette action était donc d’appeler l’Etat à respecter ses obligations et faire appliquer la loi. Le Ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, ne tardait pas à réagir : « Des renforts de police et de gendarmerie importants seront mis en œuvre dès ce soir afin de s’assurer du respect absolu du contrôle des frontières » dit le Ministre le 22 avril 2018. L’action de GI semblait entendue et le message reçu dans les hautes sphères de l’Etat.

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Mais la justice se saisit de l’affaire malgré une action pacifique, ponctuée d’aucune violence ni dégradation et somme toute légale[1]. Pour justifier les lourdes peines requises et retenues (ce qui n’arrive à peu près jamais en France) par le Procureur (6 mois de prison ferme et 75 000 euros d’amende), la juge retenait « la nature extrêmement grave des faits » et « l’importance du trouble à l’ordre public ». C’est pourtant bien plus la manifestation des pro-migrants qui s’ensuivit qui fut l’objet de violences et de tensions, notamment avec les forces de l’ordre. Il fut également retenu le caractère important « des valeurs protégées par les infractions reprochées ». Et là, il y a un gros problème. La justice doit faire appliquer le droit. La morale n’est pas de son ressort et on peut alors se poser la question de l’impartialité de cette décision de justice quand au surplus on sait qu’Isabelle Defarge, la Présidente du Tribunal Correctionnel de Gap qui a jugé cette affaire, avait participé il y a peu à un colloque sur l’immigration au côté de la LDH et la CIMADE et est bien connue pour ses positions pro-migrants.

La vallee de la Roya solidaire des migrants et refugiesEn réalité, c’est une décision politique et idéologique qui n’est pas sans rappeler l’affaire Clément Méric. Pour avoir suivi ce procès avec intérêt, je fus stupéfait de la tournure des débats, lesquels ne s’intéressèrent jamais vraiment aux faits mais bien davantage à la personnalité et au passé associatif d’extrême-droite des accusés, témoignant ainsi d’une justice partiale, politique et morale inéquitable (d’autant que Morillo et Dufour, les accusés, avaient à de multiples reprises témoigné leurs regrets et leur retrait du monde groupusculaire d’extrême-droite, repentir que l’on tolère pourtant facilement aux dealers ou aux islamistes). Pour illustrer ce qu’est devenu la justice française : comparons les traitements judiciaires des cas Génération Identitaire et Cédric Herrou. Dans le premier cas, nous avons une association identitaire d’extrême-droite qui mène une action pacifique visant à appeler l’Etat à faire respecter la loi et alertant sur le caractère poreux de nos frontières : prison ferme et 75000 euros d’amende. De l’autre, nous avons Cédric Herrou, un paysan qui a hébergé illégalement plusieurs centaines de migrants illégaux au mépris des lois et participant à ce que l’on peut considérer, si l’on oublie pas le rôle tenu par les passeurs, comme de la traite d’êtres humains : acquitté avant de faire l’objet d’un film et d’être invité au festival de Cannes. Karma ou non, le lendemain de la condamnation des membres de Génération Identitaire, un demandeur d’asile afghan en situation irrégulière blessait 8 personnes au couteau et tuait un jeune de 19 ans à Villeurbanne. Fort heureusement, des civils prirent le relais des forces de l’ordre pour faire respecter la loi en interpellant l’individu, ce qui fut précisément reproché aux militants de GI s’agissant de leur pseudo-patrouilles.

5b001f7809fac23d168b4567.jpgPar cette lourde condamnation, la justice a considéré la loi comme immorale et a sanctionné Génération Identitaire dont l’objectif était d’appeler à faire respecter celle-ci. La tolérance à l’égard des lanceurs d’alerte est donc à géométrie variable : oui à Edwy Plenel, non à Génération Identitaire. Dans cette affaire, la justice n’a pas appliqué le droit mais s’est voulue la porte-parole d’une morale basée sur une idéologie. Précédemment, la justice avait acquitté Cédric Herrou, bien que hors-la-loi, au prétexte que son action était considérée comme morale. Ce qu’il faut déduire, c’est que la justice n’est plus la justice, mais davantage un organe de propagande morale qui n’a rien d’objectif et qui considère que la France doit ouvrir grand ses frontières tout en menaçant de sanctions ceux qui oseraient marquer leur désapprobation, fussent-t-ils dans la légalité.

*

              La justice a pour vocation d’appliquer le droit et de faire respecter la loi. Elle n’a nulle velléité à décréter ce qui relève du bien et du mal. En condamnant Générations Identitaires à de lourdes sanctions sur la base de qualifications arbitraires, la justice a manifestement oublié le caractère impartial qui doit être le sien. Ces moralistes en robe devraient relire Les Politiques d’Aristote dans lequel il écrivait les mots pleins de bon-sens suivants : « La loi est pure convention. Elle est un garant de la justice dans les rapports mutuels, mais elle n’est pas capable de rendre les citoyens bons et justes. »

Victor Petit

[1] Du moins davantage que l’occupation du pont de Sully à Paris par les militants d’Extinction Rébellion, lesquels avaient été gazés suite à leur refus de répondre aux diverses sommations policières déclenchant une vive polémique alors même que leur action pacifique certes n’en était pas moins illégale.

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