Blacklivesmatter : L’emballement du coeur

               La mort de George Floyd est une tragédie. Convenons-en. Elle l’est d’autant plus que son agonie a été filmée. Nul doute que les émeutes qui agitent les Etats-Unis, principalement la ville de Minneapolis, n’auraient peut-être même pas eu lieu sans la diffusion de ces images difficiles à regarder. D’aucuns se félicitent de la diffusion de ces images, lesquelles n’ont d’autre intérêt pour eux que de servir leur idéologie. A l’image de la photo d’Aylan, cet enfant kurde retrouvé noyé sur une plage turque, dont la médiatisation n’avait pour but que de mettre en scène la crise migratoire à grand renfort de théâtralisme. La photo non floutée de cet enfant, qui gisait le visage contre le sable, avait été largement utilisée par ce que la Terre compte de zélés receleurs du pathos. Loin de toute raison, seule comptait la compassion du cœur au service d’une idéologie. Deux ans après la vague d’indignation qu’avait suscitée la mort d’Aylan Kurdi, une autre photo d’un enfant supplicié par la barbarie humaine était cette fois-ci rigoureusement cachée. Elle montrait le corps démembré de Julian, australien de 7 ans, mort fauché sur les Ramblas de Barcelone par une fourgonnette conduite par un terroriste islamiste le 17 août 2017[1]. La photo insoutenable de cet enfant aurait pu, elle aussi, devenir un symbole. Mais elle fut soigneusement censurée. De même que la mort de cet enfant fut peu médiatisée. Le chantage à la « récupération » n’aurait pas manqué de tuer toute volonté de médiatisation de ce drame. L’utilisation de cette photo aurait immédiatement été accusée de « jeter de l’huile sur le feu ».

               En bref, la médiatisation d’une image comme d’une vidéo relève bien évidemment d’un choix délibéré au service d’une cause. Prenons un exemple concret. Le 10 août 2016, Tony Timpa, un américain de 32 ans, est mis au sol. Menotté les mains dans le dos, le genou d’un policier sur sa cage thoracique l’empêche de respirer. Il supplie les policiers de le laisser reprendre son souffle. « Vous allez me tuer » dit-il. Les policiers de Dallas sont hilares. Quelques instants plus tard, Tony Timpa perd connaissance. « J’espère que je ne l’ai pas tué » dit en riant un policier. Mais Tony Timpa est déjà mort[2]. Cela ne vous rappelle rien ? Tony Timpa avait lui-même appelé les policiers, en proie à une crise de panique schizophrénique amplifiée par la prise de cocaïne. Il ne représentait aucun danger néanmoins. Mais il a été tué par des policiers. Qui a entendu parler de cette histoire ? Personne. Ce fait divers a-t-il suscité une quelconque vague d’indignation et la mobilisation de toute la bien-pensance ? Non. Tony Timpa était blanc. Autre exemple. En janvier 2016, Daniel Shaver est à genou dans le couloir d’un hôtel, les mains en l’air. Il supplie les policiers de ne pas le tuer. Alors qu’il se met à quatre pattes, un policier lui loge cinq balles dans la poitrine. Shaver est mort sur le coup. Il n’avait aucun antécédent violent, son casier judiciaire était vierge, il était père de deux filles. Le policier quant à lui a été acquitté avant de mettre fin à ses jours. Encore un drame qui n’a suscité aucune indignation particulière. Shaver était blanc.

               Pourquoi préciser que Timpa et Shaver étaient blancs ? Parce que l’indignation suscitée par la mort de Floyd vient précisément du fait que Floyd était noir. Le biais idéologique vient de cette mode américaine particulièrement inquiétante qu’est la racialisation de tout fait social. Timpa et Shaver sont morts parce que c’est comme ça. Floyd est mort parce qu’il était noir. Le pays de l’Oncle Sam se caractérise par son multiculturalisme, sa propension à reconnaître les ethnies ou les religions comme des groupes dissidents de la communauté nationale. C’est dans son ADN. A contrario, La France a toujours eu pour tradition de reconnaître les individus, mais jamais les communautés. La propension des français à se conformer au diktat moral du «Blacklivesmatter » montrent l’infusion du prisme racialiste dans la société française (il est d’ailleurs étonnant de noter que d’un côté on interdit aux blancs de se prononcer sur le racisme au prétexte qu’ils ne seraient pas « concernés », et de l’autre on oblige les blancs à se conformer au discours dominant du « Blacklivesmatter sous peine d’anathème). Ce conformisme de la pensée témoigne d’un changement de paradigme qui a pour vocation d’achever l’idée de communauté nationale (blanc, noir, jaune ou vert, on est français) pour consacrer l’archipellisation ethnique de la société française. Le tout amplifié par le fantasme ressassé en permanence par les indigénistes des idées de « racisme systémique » et de « privilège blanc ». Le privilège blanc, vous savez ? ce privilège qui fait que Gérard, SDF depuis 20 ans, sans ressource, sans lien social et sans famille est davantage privilégié que Camélia Jordana… ce privilège qui fait que Roger, tourneur-fraiseur qui dort dans un mobil-home est davantage privilégié qu’Omar Sy. Cette racialisation de toute question fait oublier qu’en réalité, tout privilège est avant tout social[3].

               Du reste, il semble faire peu de doute que le policier qui a tué George Floyd était raciste. Ses états de service semblent largement en attester et il faut que justice soit faite. Alors la question qui se pose, c’est est-ce que la société américaine est raciste ? Les blancs sont-ils racistes par essence et les noirs sont-ils victimes par essence ?  Et bien ce n’est pas ce que disent les statistiques. Aux USA, les noirs sont tués à 88,9% par des noirs. Les noirs sont tués par des blancs dans 8% des cas. Donc les émeutes dénoncent ces 8%[4]. Alors vous allez me répondre que les manifestations et le mouvement « blacklivesmatter » portent sur les violences policières. Parlons-en. En 2019, aux Etats-Unis, pour 10 000 blancs désarmés arrêtés pour crime violent, 4 étaient tués. Pour 10 000 noirs, ils étaient 3 à être tués. En 2019, l’OBS (que l’on ne peut pas vraiment qualifier de Trumpophile ni soupçonner de sympathie pour le suprémacisme blanc) publiait un papier dans lequel on apprenait qu’un « noir n’est pas davantage en danger face à un policier blanc ». « En d’autres termes, dans un comté où les Blancs commettent beaucoup de crimes violents, les Blancs ont plus de chances d’être abattus par des policiers » peut-on y lire. Et il en va évidemment de même s’agissant des noirs. Alors évidemment, cela n’empêche nullement des cas spécifiques de racisme chez certains policiers. Mais on ne peut absolument rien conclure de définitif quant à ces cas, et pas davantage s’agissant du cas Floyd. Le biais idéologique et le prisme émotionnel suscités par cette vidéo rendant toute prise de recul encore moins possible.

               J’ai conscience que ce texte est particulièrement peu conforme à l’ambiance générale engendrée par ce triste fait divers. Mais il convient d’analyser celui-ci avec les données dont on dispose afin de faire un pas de côté pour mieux appréhender la situation. Je ne me mettrai pas à genou (comme on a vu nombre de blancs américains le faire à la demande de noirs américains dans des vidéos hallucinantes sur les réseaux sociaux) devant cette supplique racialiste tant je trouve celle-ci dangereuse, haineuse, et paradoxalement profondément raciste. L’engouement suscité par ce mouvement en France est d’ailleurs par trop effrayant tant il souligne l’impossibilité de penser à froid, c’est-à-dire avec l’esprit et non le cœur.


[1] https://www.20minutes.fr/monde/2119055-20170820-attentats-espagne-deces-petit-julian-enfant-australien-7-ans-blesse-barcelone

[2] https://www.lci.fr/international/ils-plaisantent-plutot-que-de-venir-en-aide-a-un-homme-qui-agonise-la-video-qui-met-dans-l-embarras-la-police-de-dallas-2128556.html

[3] On peut retrouver ce raisonnement dans la question du féminisme, lequel entend nous faire croire que la bourgeoise du tertiaire, qui bosse dans une agence de pub parisienne, qui vit dans 150 mètres carré à Neuilly, qui a les moyens de se payer une nounou à plein temps et une baby-sitter pour aller voir des expos à Beaubourg est aussi oppressée que l’ouvrière ménagère qui récure les toilettes d’un EPHAD et fait des ménages le weekend pour continuer à survivre.

[4] https://ucr.fbi.gov/crime-in-the-u.s/2018/crime-in-the-u.s.-2018/tables/expanded-homicide-data-table-6.xls

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