Dignité ? ou honneur ?

Ce n’est pas un hasard si dans les sociétés libérales, la valeur suprême est la dignité quand, dans les sociétés holistes, la valeur supérieure entre toutes est l’honneur. La dignité relève de soi et de soi seul. La dignité n’a besoin de rien pour être réclamée. « Chacun mérite la dignité » répète-t-on dans nos sociétés libérales. La dignité est un principe qui va jusqu’à faire fi du passif de celui qui la quémande.

Par exemple, il n’y a rien de surprenant à ce que des individus en appellent à la dignité pour protester contre l’arrestation jugée trop virile d’un délinquant. Lorsque des familles de « victimes de violences policières » (considèrent-elles) se rassemblent pour manifester, elles organisent une « marche pour la justice et la dignité ». Peu importe que les sauvageons en question aient fait autrement plus de mal que de bien dans leur vie, ils méritent la dignité. Cette dignité n’est plus un droit, mais un dû. Elle illustre de façon éclatante l’idée moderne selon laquelle les hommes sont parfaits, et que s’ils se montrent vils, ce n’est que par la faute de la société. Ainsi, la dignité sied à tout homme. Cette « dignité pour tous » est une conséquence de notre vision égalitariste (parce que moderne) de la justice. Aujourd’hui, l’on écoute la parole du « clan Traoré » comme on écouterait celle de Gandhi. On occulte leur palmarès judiciaire, lequel palmarès confinerait quiconque au silence dans n’importe quelle société sensée », en raison de leur « dignité ». La dignité est un totem d’immunité qui place tous les individus, les bons comme les méchants, sur un même pied d’égalité.

A l’opposé, la vision grecque de la justice (lisons Aristote) consacrait l’idée de mérite avant celle d’égalité. De sorte que l’on considérait que la crapule ne pouvait exiger d’être traitée à l’égal du vertueux. D’une façon générale, cette vision de la justice est celle des sociétés holistes, lesquelles consacrent comme valeur suprême non pas la dignité, mais l’honneur. Car l’honneur ne relève pas de soi, mais du groupe. Il n’y a d’honneur que relativement à autrui. Il n’existe d’honneur que relativement à des normes morales que l’on se fait fort (un point d’honneur) de respecter au-delà de tout, et surtout au-delà de soi. Si la dignité est de l’ordre de l’inné, l’honneur est de l’ordre de l’acquis. Notre société n’a d’yeux que pour la dignité. Or à la dignité d’un Adama Traoré, je préfèrerai toujours l’honneur d’un Arnaud Beltrame.

Victor Petit

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