La vaguelette verte

Une vague verte. Il y a bientôt une semaine, les résultats du deuxième tour des élections municipales consacraient un raz-de-marée vert, lequel jetait un vent nouveau sur le paysage politique français. Emmanuel Macron, saisi par cette nouvelle donne politique, pouvait miser sur sa convention citoyenne (sorte de concours Lépine de la proposition démagogique chapeauté par Terra Nova, le sulfureux think-tank de gauche) pour se parer des atours d’un Géant-Vert nouveau. Les médias s’en donnaient à cœur-joie et évoquaient un « moment historique ». Il est vrai que nombre de grandes villes furent remportées de façon surprenante, au grand dam des professionnels de la prédiction politique. Strasbourg, Poitiers, Grenoble, Besançon mais surtout Lyon et Bordeaux (fief de droite depuis plus d’un demi-siècle) : cette razzia verte avait tout du hold-up façon France-Portugal à l’Euro 2016. De façon surprenante ? Vraiment ? En réalité, pas du tout. Ces victoires du Parti-Pastèque (vert à l’extérieur, rouge à l’intérieur) est le symbole du nouveau clivage qui oppose les inclus de la mondialisation (les cœurs des grandes villes acquis au libéralisme-libertaire, à l’universalisme, aux droits-de-l’Homme et au multiculturalisme sur fond de fascisme écologique) et les exclus (les zones périurbaines, les petites communes, la ruralité, lesquelles subissent de plein fouet les affres du monde interchangeable et ouvert aux quatre vents que prônent les premiers, leur faisant subir tantôt le chômage de masse, tantôt le déclassement social, tantôt la disparition des services publics et l’enlaidissement de leurs paysages par d’immondes éoliennes – le tout mâtiné d’une insécurité croissante et d’un mépris profond pour leur « beaufitude »).

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Ce soi-disant raz-de-marée, cette pseudo-surprise, tout cela est à mourir de rire… ou de dépit. Tout d’abord, ces victoires écolos dans des grandes villes, présentées comme un sirocco vert soufflant sur toute la France, montre tout le mépris que portent les élites médiatiques et politiques pour le peuple des zones périurbaines et rurales. On peut observer ici leur lecture parfaitement urbaniste de la France et leur arrogance à l’endroit des sans-dent, des Dupont-Lajoie, des ploucs, de ces « beaufs qui fument des clopes et roulent au diesel » (dixit Benjamin – la truite – Griveaux) qui ne comprennent rien à l’écologie, qui ne veulent pas d’un monde sans frontière, qui privilégient leur culture et leur terroir avant tout, bref, ces « gaulois réfractaires » qui n’entendent rien au progrès et au « monde de demain ». Les observateurs pitoyables de cette vaguelette digne de la piscine à vagues d’Etampes oublient que 50% de la population française vit dans une commune de moins de 10 000 habitants. Ne leur en déplaise, vivre dans une grande ville est presque une exception. Et ne leur en déplaise, ce peuple qui ne vit pas dans les mégapoles vote plutôt à droite. Car ce peuple, contrairement à ce dont rêve les Verts, est profondément conservateur. Les petites classes sont conservatrices. La ruralité est conservatrice. Cette classe de laissés-pour-compte ne veut pas de progrès, ni de révolution ou encore de disruption. Elle consomme modérément (puisqu’elle a peu d’argent). Elle ne coûte pas un pognon de dingue (tant elle rechigne toujours à quémander la moindre aide). Elle a le sens des limites. Elle exècre la GPA quand les Verts et leurs apôtres défendent celle-ci (alors même qu’ils prônent le respect de la nature du monde). Elle veut juste qu’on cesse de la culpabiliser d’utiliser des bagnoles, de l’emmerder avec des idées aussi dégénérées que des pissotières de rue, des salles de shoot et des passages piétons sur le périph. Elle veut juste conserver ce qui fait sens à ses yeux : son mode de vie, ses paysages, ses produits locaux, ses mœurs, ses coutumes, ses traditions sans que le round-up des khmers verts ne vienne y mettre son sel incluso-transito-écologique. Du coup, elle ne vote pas pour les Verts.

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Mais surtout, de quelle vague parler quand l’abstention est de 60% ? Dans certaines villes, l’abstention a même dépassé les 80%. On a vu, par le jeu des triangulaires, des quadrangulaires et même des quinquangulaires des maires être élus avec à peine 10% des électeurs. A Lille, la sangsue Martine Aubry (qui avait déclaré que son précédent mandat serait son dernier… parole parole parole) est passée avec 12,34% des électeurs. A la faveur d’un scrutin pourtant beaucoup aimé par les français, la vraie question ne réside pas dans cette stupide vague verte, mais bien dans le désintérêt profond des français pour la politique. Comme s’il y avait une sorte de résignation devant l’incapacité de leurs représentants à comprendre leurs problèmes et à trouver des solutions. La vague du rejet, c’est à peu près la seule qu’on ait vue.

Victor Petit

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