Faut-il s’abstenir de faire des enfants pour « sauver la planète » ?

         Temps de lecture : 3 minutes.

Il y a les nihilistes de la dérision. Ceux-là considèrent que le monde n’a d’intérêt que dans leur capacité à jouir de lui. Ceux-là ne croient en rien et rient de tout. Mais il y a également les nihilistes du désespoir. Ceux-là en revanche sont très sérieux. Trop même, à tel point qu’ils estiment que le monde est fichu et, qu’en l’état, il n’a pas d’avenir. Ils sont à ce point déprimés et nihilistes qu’ils ne veulent plus faire d’enfant pour trois raisons. La première est que faire un enfant, ce serait imposer une existence à un être qui n’aurait pas demandé à naître. Là, très franchement, on se demande bien comment résoudre ce problème en effet… La deuxième raison, c’est que faire un enfant alors même que l’on sait que le monde va mal serait un acte égoïste doublé d’un fardeau pour l’être à venir[1]. Et la troisième raison tient au fait que ne pas faire d’enfant serait un acte écologique qui irait dans le sens de la préservation de la planète. Ces nihilistes du désespoir, on les appelle des GINKS. GINKS pour « Green Inclination… No Kids ». Ce que l’on pourrait traduire par « Engagement vert, pas d’enfants ».

         Pour ma part, je ne conteste pas l’idée que l’on puisse ne pas avoir envie de faire des enfants. Au contraire, c’est une position courageuse. Et il est juste de vouloir faire des enfants pour de bonnes raisons et de façon réfléchie – c’est-à-dire quand on dispose des moyens pour les assumer sans avoir à compter avec la générosité de son prochain. En revanche, il me paraît absurde, voire franchement grotesque, de ne pas vouloir d’enfants pour des raisons écologiques ou, plus globalement, par peur du futur.

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         En premier lieu, il est étrange de lier la crise écologique avec le fait de faire des enfants. Car l’augmentation de la population mondiale n’est pas tant due à l’explosion de la démographie qu’à l’allongement de l’espérance de vie. S’il est vrai que nous disposons de ressources limitées, il est bon de préciser que nous disposons de ressources limitées dans le seul cadre de nos connaissances actuelles. Cela étant, je conviens qu’il serait dangereux de perpétuer un mode d’existence qui nous conduirait au désastre en tablant de façon hypothétique sur une solution miracle qui nous sortirait d’un mauvais pas. Pour autant, le problème n’est pas démographique, mais économique. L’idée que moins les humains seront nombreux, moins lourd sera leur impact est fausse. Tout dépend de la façon dont ils consomment. D’ailleurs, limiter les naissances dans les pays riches, ce serait peut-être même disposer de plus de moyens pour consommer ou voyager.

         Par ailleurs, les pays les plus pollueurs au monde sont la Chine et les États-Unis, pays dont les taux de natalité sont infiniment moins élevés que celui de l’Afrique. Ce qui invalide de fait l’idée que faire moins d’enfants contribuerait à « sauver la planète ». De l’idée radicale qu’il ne faudrait plus faire d’enfants, il conviendrait davantage de considérer d’autres facteurs permettant de maîtriser la démographie comme les droits des femmes dans les pays à fort taux de natalité : accès à la contraception, aux soins, à l’éducation, au travail etc. Au plus ces questions seront traitées avec rigueur et efficacité, au plus vite le taux de natalité mondial sera maîtrisé et stable.

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         D’un point de vue plus terre-à-terre, je crois qu’à peu près personne n’a jamais décidé de faire un enfant par conviction que le monde qui s’annonçait serait parfait, à tout le moins meilleur. Personne ou presque n’a jamais songé à faire un enfant avec la certitude que son avenir serait lumineux. Et il n’y a jamais eu une époque qui aurait pu se targuer d’avoir été idéale pour faire des enfants. Penser l’acte de faire des enfants comme un pari, ou indexer cet acte sur notre capacité à présager du futur relève d’un nihilisme terrifiant. Ce qui est justement navrant, c’est bien que ce soient les personnes les plus sensibilisées à la cause écologique qui refusent de faire des enfants. Car ce faisant, l’on réduit le nombre d’individus potentiellement ouverts à la conscience écologique.

Ce qu’il faut retenir, c’est que le problème n’est pas d’être moins nombreux. Le problème est surtout de consommer moins – ce qui, soyons honnête, comporte forcément une limite. Aux côtés des nihilistes de la dérision, les GINKS incarnent à merveille le nihilisme postmoderne. De plus, en ne faisant pas d’enfants, donc en refusant d’effectuer le travail fondamental de transmission des connaissances qu’ils ont reçues, ce sont bien les GINKS qui, au nom de principes moraux abscons et sans fondements, font preuve d’inhumanité.


[1] Lu sur Twitter et retranscrit tel quel : « Quand j’explique aux gens que même si je veux des enfants, je me sens coupable parce que c’est leur imposer un futur de galère et une vie non voulue, les gens me prennent pour une pessimiste folle mais c’est la réalité… Faire un enfant, c’est l’acte le plus égoïste qui soit ». https://twitter.com/EloraFo/status/1301432172264542209

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