Les Aristochats, ou le retour du IIIème Reich

Temps de lecture : 4 min

               Il y a quelques jours, je tombai sur un tweet fort intéressant. Un père de famille expliquait que, chargeant Les Aristochats sur Disney Plus par suite des injonctions de sa fille, le message suivant se figea sur son téléviseur avant le début du film :

Ce programme comprend des représentations datées et/ou un traitement négatif des personnes ou des cultures. Ces stéréotypes étaient déplacés à l’époque et le sont encore aujourd’hui. Plutôt que de supprimer ce contenu, nous tenons à reconnaître son influence néfaste afin de ne pas répéter les mêmes erreurs, d’engager le dialogue et de bâtir un avenir plus inclusif, tous ensemble.

Disney s’engage à créer des histoires sur des thèmes inspirants et ambitieux qui reflètent la formidable diversité de la richesse culturelle et humaine à travers le monde.

               A vrai dire, j’étais passé à côté de cette information, laquelle date en réalité d’octobre 2020. Je n’en restai pas moins bouche-bée. Quelle révélation ! L’on pouvait devenir raciste en regardant les Aristochats ! Il me fallut rassembler mes souvenirs pour tenter de déceler l’objet du scandale mais finalement la lumière vint. Le chat siamois, musicien de son état, lequel chantait avec un fort accent asiatique et frappait sur son clavier avec des baguettes. Que de clichés monstrueux qui rappelaient les heures les plus sombres de l’Histoire et le bruit des bottes. J’apprenais qu’on pouvait devenir Goebbels en se délectant des aventures de Duchesse, O’Malley, Toulouse, Berliose et Marie. Mais on pouvait aussi bien pointer du doigt les stéréotypes de genre : les femelles sont des divas précieuses et les mâles sont des machos virils.

               Je devais me rendre à l’évidence, Disney avait cédé à la névrose obsessionnelle de la Woke-Culture, mouvement venu des Etats-Unis (comme la plupart des horreurs progressistes depuis 30 ans) qui a pour vocation de mener un combat militant en faveur des minorités en inventant un racisme qui serait insidieux, présent partout, où que l’on pose son regard. En réalité, ce message est pour Disney une manière de se protéger judiciairement contre les éventuelles attaques de ces innombrables associations qui sont autant de dealers d’opinions morales que de Torquemada de la bien-pensance. Ce message est tout autant un argument commercial. Mais ce message dit aussi beaucoup de l’époque.

               Tout d’abord, ce message dit que l’œuvre se juge en premier lieu par son caractère moral, conforme au bien-penser. Il dit également que toute œuvre qui prendrait un chemin de traverse – c’est-à-dire qui ne jouerait pas les codes de l’inclusion et du vivre-ensemble – devrait au mieux être justifiée, au pire affronter un ouragan de polémiques. Mais ce message dit aussi beaucoup de cette obsession contemporaine pour l’identité. Dans nos démocraties occidentales, l’individu prime désormais sur le collectif. Les identités communes ont été déconstruites (l’appartenance à une nation, une spiritualité, une langue…) de sorte que chacun n’a plus pour pré-carré que sa petite personne, son petit égo que la société se doit de ménager. Si bien que toute représentation, caricaturale ou non, est prise au premier degré et considérée comme offensante.

               Ce que ces Savonarole de l’inclusion n’ont pas compris, c’est que le séparatisme se forme dès l’instant où l’on observe la société sous le seul prisme de ce qui nous distingue : en l’occurrence ici, la couleur de peau. Quand une œuvre propose des personnages caricaturaux, quand bien même ces personnages auraient pour vocation de figurer une généralité, je ne vois pas des offenses à telles ou telles communautés ; je vois surtout une parodie des imperfections humaines. C’est cela que l’on doit apprendre. Défions-nous au plus haut point de cet hygiénisme moral qui conduit à l’aseptisation de la société dans le but de préserver les petites susceptibilités de chacun. Cet hygiénisme moral qui mène à ce que des romans soient purgés de tout ce qui serait susceptible d’offenser par des sensitivity readers, des lecteurs-censeurs qui traquent le moindre « dérapage » (ce qui tend à prouver qu’existe un moralement-correct) avant publication.

Le drame de cette woke-culture, c’est finalement de penser l’Homme comme un animal, c’est à dire incapable de saisir le second degré, de faire preuve de nuance, de tempérance, de prendre de la distance par rapport aux choses, de distinguer la fiction du réel, le bien du mal, le juste de l’injuste. Fort d’un apprentissage, d’une culture et de valeurs, 99,99% des citoyens peuvent lire Mein Kampf sans devenir Adolf Hitler. La woke culture, c’est l’alibi de la résignation, c’est l’abandon de la moindre exigence, c’est l’uniformisation des consciences sur l’autel du bien-penser. C’est, comme le dit Alain de Benoist, contraindre tout le monde au prétexte de n’offenser personne. La possibilité du libre-arbitre est niée. Le spectateur se voit tenir la main et l’esprit par le camp du bien. Cette hygiénisation culturelle, qui avait conduit en leurs temps Popeye et Lucky Luke a arrêté de fumer, participe d’une forme d’injonction sociétale au bien-vivre, laquelle injonction n’est rien de moins qu’un totalitarisme aseptique imposé par le « camp du bien ». Quel plaisir peut-on avoir à vivre dans un monde où la dialectique du bien et du mal doit être effacée au profit du néant ?

Par ailleurs, il convient d’évoquer ces mots : « Ces stéréotypes étaient déplacés à l’époque […] ». On atteint ici des abîmes de stupidité. Notre époque se croit à ce point supérieure au passé qu’elle se croit légitime de juger celui-ci à l’aune de ses propres critères. Rien n’est plus idiot dans ce message. Rien n’est plus idéologique. Mais que les censeurs se méfient. Ils seront censurés un jour. Reste qu’en janvier 2021, Disney Plus est allé encore plus loin. Peter Pan, La Belle et le Clochard ou encore les Aristochats sont désormais inaccessibles aux profils « enfants » car pétris de pseudo-clichés racistes. Pas de problème. Je les téléchargerai illégalement avec grand plaisir…

Victor Petit

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