L’ONU accuse la France de « racisme systémique ». Vraiment ???

Le 1er juillet 2021, le haut-commissariat aux droits de l’homme de l’ONU exhortait la France à autoriser les statistiques ethniques afin de combattre le racisme systémique. Il ne sera pas question ici de discuter de ce que l’ONU se mêle sans vergogne de notre politique intérieure. Il ne sera pas non plus question de cette déplorable soumission de l’ONU à la culture « woke », venue tout droit des États-Unis (mais dont le terreau philosophique vient des penseurs français des années 60/70 de la French Theory : Foucault, Deleuze, Guattari, Bourdieu, Derrida… cruelle ironie « boomeranguesque »). Il sera bien davantage question de ce qu’est le racisme systémique, ou plutôt du prétendu racisme systémique en France.

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         Je n’irai pas par quatre chemins. Le racisme systémique, aussi appelé « racisme institutionnel », est une arnaque idéologique. Car il n’y a strictement rien qui puisse dire que la France est un pays raciste : ni ses institutions, ni ses lois, ni ses principes[1]. D’ailleurs, c’est tout le discours officiel qui est profondément antiraciste, et ce depuis des décennies. Le fameux « front républicain » est le contraire du racisme jusqu’à l’absurde et jusqu’au déni de démocratie. Le monde de l’entreprise est l’antithèse du racisme tant la sphère économique se plie au dogme antiraciste sur l’autel de l’efficacité économique. Les entreprises signent des « chartes de la diversité ». Nombre d’entre elles assument d’ailleurs une véritable politique de discrimination positive[2]. Tout l’univers médiatique est globalement pétri d’antiracisme : la publicité, les séries ou encore le cinéma dont les thèmes sont largement emprunts de morale antiraciste. Les personnalités préférées des Français sont très souvent issues des minorités ethniques.

         Bien évidemment, il peut exister, au sein de la nation, l’expression d’un racisme véritablement primaire. Mais on ne saurait faire de ce racisme épisodique la maxime institutionnelle de la nation sans se couvrir de ridicule. Il est peu de nations au monde qui ouvrent leurs portes à quiconque de façon aussi généreuse que la France. Il faut être sérieux. Toutefois, les postcoloniaux ne rechignent pas à porter de lourdes accusations à l’endroit de la France et des français blancs, invoquant les discriminations que subiraient les « racisés » s’agissant de l’accès à l’emploi et au logement ou encore s’agissant des fameux « contrôles au faciès ». Il peut exister une forme de défiance du groupe majoritaire à l’égard de la minorité ou des minorités. Mais il convient de ne pas se contenter de déclamer des psittacismes.

         Si défiance il y a, celle-ci n’a aucunement trait à l’origine ethnique des « racisés ». J’en veux pour preuve le fait que jadis, les populations étrangères et immigrées venues de Pologne, d’Italie, d’Espagne ou encore du Portugal durent se confronter à cette défiance. J’en veux également pour preuve le fait que de nos jours, la communauté asiatique a tendance à ne pas se reconnaître comme « racisée » ni même à s’approprier le concept de « racisme systémique ».

         En réalité, les raisons de cette défiance sont bien davantage à chercher dans des comportements considérés comme trop différents, des manières d’être, ou précisément des manières de ne pas être français, de ne pas adopter les modes de vie français, bref, dans le refus de s’assimiler. Comme je l’ai indiqué plus haut, c’est l’enracinement à un terroir qui engage l’insertion. L’insertion n’est pas un prérequis, un droit, elle est un devoir pour quiconque entend se faire accepter par le groupe. Car il est des caractéristiques comportementales liées à un environnement culturel et social qui ne sont pas acceptées par le groupe majoritaire. C’est un fait indiscutable qui a trait au caractère désormais multiculturel de notre société. Mais également, qu’il s’agisse de discrimination au logement ou à l’emploi, quelque chose doit être pris en compte de façon inévitable avant même de parler de « racisme systémique », c’est l’empirisme. De sorte que la question à se poser est la suivante : les comportements procèdent-ils de préjugés ? ou procèdent-ils de l’expérience ? Probablement des deux, convenons-en. Car la part de « postjugé » n’est certainement pas à éluder.

         Avant tout, il faut soulever un problème. Quelle que soit la raison, bonne ou mauvaise, qu’évoque un bailleur ou un recruteur pour rejeter la candidature d’une personne racisée, cette personne peut automatiquement déclarer avoir été discriminée. Qu’elle soit arrivée en retard, que son dossier soit incomplet, qu’elle ait fait preuve de nonchalance, d’arrogance, d’impolitesse ou bien d’incompétence, inévitablement, elle pourra prétendre au statut de victime discriminée au nom de la couleur de sa peau. Entendons-nous bien. Il a existé, existe et existera toujours de réels cas de discrimination, lesquels seront toujours inacceptables. Reste qu’on ne pourra jamais en déduire une loi générale puisque, tout rejet de candidature d’une personne racisée pouvant être soupçonnée de relever d’une discrimination, les dés sont pipés dès le départ.

         Mais revenons à cette idée de défiance, s’il en est. Si les personnes racisées éprouvent de plus grandes difficultés à trouver un logement ou un emploi, cela n’est-il pas lié à des difficultés rencontrées par les recruteurs ou les propriétaires de façon empirique, dans leurs expériences avec ces personnes ? La question ne se pose jamais sous cet angle, ce qui est fort dommage. S’agissant de la discrimination à l’embauche par exemple, ne peut-on pas interroger des facteurs culturels ? le refus de retirer son voile par exemple ? ou de tailler une barbe jugée peu conforme avec une mission commerciale ? Je vais prendre un exemple personnel. J’ai pu travailler comme commercial dans une enseigne qui vend des boissons et friandises dans des distributeurs prévus à cet effet. Il se trouve que l’agence à laquelle j’étais rattaché, à Toulouse, rencontrait de plus en plus de problèmes avec des manutentionnaires dont la mission était de réapprovisionner les machines. Quel était l’objet de la discorde ? Lesdits manutentionnaires refusaient de manipuler les bonbons constitués de gélatine de porc au nom de leur religion. L’on peut comprendre le recruteur de cette agence qui hésitera à embaucher une personne dont l’expérience lui aura montré que l’appartenance religieuse peut constituer un facteur de dissensions sur le lieu de travail. D’ailleurs, une étude menée par l’Institut Montaigne a mis en lumière l’inquiétante montée des pratiques et revendications religieuses dans les entreprises, et les conséquences qui en découlent[3]. Un chef d’entreprise, Éric Challan-Belval, déclare : « Il y a vingt ans, j’avais des positions très claires et radicales sur la laïcité. Maintenant, je prône l’accommodement raisonnable[4]. » Pour répondre aux revendications religieuses émanant de salariés de confession musulmane désireux de prier et faire leurs ablutions sur leur lieu de travail, et afin de couper court à toute polémique et accusation, ce patron a donc décidé d’installer des douchettes ainsi que des toilettes à la turque.

         Lorsqu’un patron recrute un collaborateur, il cherche à minimiser les risques de se faire incommoder. Or dans une société multiculturelle, dont le mot d’ordre est « Venez comme vous êtes », l’on peut entendre qu’un patron cherche à privilégier les candidats dont ils pensent d’expérience qu’ils ne lui causeront aucun tort. Cela peut paraître cruel, j’en conviens. Mais c’est ainsi. Cette défiance n’est pas liée à une discrimination ethnique, mais à une adéquation, ou plutôt à une inadéquation entre un comportement et une norme.

         S’agissant du contrôle au faciès, le processus est résolument identique. Le policier ne contrôle pas une personne parce qu’elle elle racisée. Le policier contrôle une probabilité, une statistique. Là encore, c’est cruel, mais c’est un fait. Notons au passage que si les statistiques ethniques sont théoriquement interdites en France, les statistiques ethniques relatives au contrôle au faciès de même que celles relatives à la discrimination au logement et à l’emploi dont on nous rebat régulièrement les oreilles sont parfaitement autorisées. Ce qui tend dès lors à relativiser l’idée que la France serait raciste puisque si tel était le cas, elle ne laisserait jamais filtrer aucune de ces statistiques… Pour être honnête et cohérent, soit on interdit toutes les statistiques ethniques, soit on les autorise toutes (statistiques carcérales, fraudes diverses, délinquance, actes antireligieux…).

         En réalité, s’agissant du contrôle au faciès, les policiers font tout simplement ce qu’on appelle du profilage. Ce qui signifie qu’ils vont exercer une pression sur les individus qui sont, empiriquement, les plus à même de contrevenir à la loi. Or la délinquance est souvent le fait d’individus qui portent casquettes, joggings, baskets et sweats à capuche. Ce pourquoi les policiers contrôlent prioritairement les individus qui présentent ce profil, et ce qu’ils soient blancs, noirs, arabes ou jaunes. Une personne de couleur noire vêtue d’un costume, ou même plus sobrement ne sera jamais contrôlée ou presque. Un couple de jeunes maghrébins homosexuels vêtus à la mode « fashion week » ne sera jamais contrôlé quand deux jeunes hommes blancs portant sweats à capuche, casquettes et crachant par terre auront autrement plus de chances de l’être. Alors certes, les individus qui sont contrôlés sont très souvent racisés. Doit-on parler de discrimination ? Ou s’agit-il de profilage lié à l’expérience ? Les vigiles dans les supermarchés ou les grands magasins qui surveillent certains types de jeunes aux comportements suspects discriminent-ils au faciès ? alors qu’ils sont eux-mêmes bien souvent « racisés » ? Ou surveillent-ils des individus qui ont l’habitude de leur causer des problèmes ?

         Si l’on considère le contrôle au faciès – qui n’en est pas nous l’avons vu – comme insupportable, cela signifie-t-il que les policiers devraient contrôler n’importe qui ? de la femme enceinte au grand-père en déambulateur ? Cela n’a aucun sens. Les policiers contrôlent des profils statistiquement sur-représentés dans les actes de délinquance. De même qu’à la sortie d’une discothèque, à 6h du matin, les policiers contrôlent uniquement des jeunes. Car ils savent que ce sont eux qui seront statistiquement sur-représentés dans la délinquance routière ou les accidents de la route à ce moment précis. Faudra-t-il que les forces de l’ordre contrôlent la grand-mère matinale qui part aux champignons afin de rétablir l’égalité ?

         La France n’est en rien une nation raciste. A tout le moins, elle ne l’est pas davantage que n’importe quelle autre nation au monde. Si son histoire a connu de douloureux épisodes, comme sa participation à la traite négrière transatlantique[5], la France a tout autant été à la pointe du combat pour l’abolition de l’esclavage. De longue date, nombre de grands personnages, que l’on dirait « racisés » aujourd’hui, ont éclairé l’Histoire de France de leur grandeur. Le Chevalier de Saint-Georges, musicien, escrimeur et militaire français, figure de l’abolitionnisme qui s’engage dans l’armée de la République et participe à la Révolution française, anobli bien que né esclave et confident de la Reine Marie-Antoinette. Félix Eboué, patriote résistant, homme politique engagé et respecté qui repose au Panthéon. Gaston Monnerville, qui fut Président noir du Sénat de 1958 à 1968. Dans son Histoire de France, Jacques Bainville écrit : « Le peuple français est un composé. C’est mieux qu’une race. C’est une nation ». L’Histoire n’est pas aussi manichéenne que prétendent les postcoloniaux. Et la réalité française est autrement plus nuancée.

         Reste que pour les thuriféraires de la pensée postcoloniale, le racisme systémique désigne un racisme qui ne serait pas conscient ; un racisme dont les manifestations ne seraient pas inscrites dans le marbre de la loi ou dans les discours, mais dans la mécanique insidieuse des comportements et de leurs reproductions inconscientes. Le racisme systémique serait comme l’éther, une substance indécelable, inodore, incolore, dont on sait qu’il existe sans jamais vraiment réussir à en démontrer l’existence autrement qu’en affirmant qu’il existe. C’est une vision bien confortable, presque complotiste tant elle peut ainsi s’absoudre d’apporter la moindre preuve. Une vision qui n’est pas sans nous en rappeler une autre : le système de propagande du régime nazi. Voici ce qu’écrit le philosophe Claude Polin dans Le totalitarisme à propos de ce système : « Le nazisme inventa donc ce qui est à la fois une catégorie essentielle de la domination totalitaire, et la condition de possibilité d’une institutionnalisation de la terreur, à savoir la notion « d’ennemi objectif ». En affirmant en effet dans un de ses plus célèbres discours que  »le complot juif » était d’autant plus évident et palpable qu’il était moins possible d’en apporter les preuves, le docteur Goebbels avait en quelques mots élaboré la notion d’ennemi qui ne sait pas qu’il en est un, et qui ne veut pas en être un, mais qui se trouve, sans le savoir ni le vouloir être, quoiqu’il fasse et sans rémission possible, un ennemi, et qui par conséquent était en tant que tel cet ennemi absolu dont le mouvement révolutionnaire nazi avait besoin ». De quoi avoir des sueurs froides.

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         Dans Les blancs, les juifs et nous, Houria Bouteldja écrit : « Je ne suis pas tout à fait blanche, mais je suis blanchie. Je suis là parce-que j’ai été vomie par l’histoire. Je suis là parce-que les blancs étaient chez moi et qu’ils y sont toujours. Ce que je suis, une indigène de la république. Avant tout je suis une victime. » Au-delà de la haine qui transpire de cette prose, du ressentiment, de l’aigreur et de la jalousie, les postcoloniaux s’illustrent par un érotisme de la victimisation[6]. Avant même d’exister en tant qu’individu autonome, Houria Bouteldja se déclare victime. Et ce statut héréditaire, puisque lié à la couleur de la peau, est en quelque sorte une forme d’aristocratie victimaire.

         Cette essentialisation raciale, il n’y a aucune raison pour que les bourreaux « non racisés » en soient généreusement exemptés. Ainsi, L’Obs peut publier une interview au sein de laquelle la chanteuse postcoloniale Camélia Jordana peut sans complexe affirmer que « […] les hommes blancs sont, dans l’inconscient collectif, responsables de tous les maux de la Terre[7] ». On notera deux choses : la distinction sexiste d’une part (le patriarcat…), et cette idée d’inconscient collectif d’autre part, conforme aux théories du « privilège blanc » et du « racisme systémique ».

         En réalité, s’ériger en victime par nature permet de concevoir, légitimer et rendre respectable un discours identitaire ethno-racial qui a tout du racisme, puisque ce discours présente les non-racisés comme racistes du seul fait d’être nés de couleur blanche. Et cette essentialisation par la race est si puissante qu’elle ne rechigne guère à prendre pour symboles des personnes aux destins tragiques, certes, mais aux vies peu recommandables au demeurant. Que l’on songe à George Floyd ou à Adama Traoré en France[8]. Si leurs morts et les circonstances de celles-ci furent regrettables[9], il n’en demeure pas moins, et on ne saurait l’occulter, que ces personnes ont fait beaucoup de tort à la société au cours de leurs vies. Adama Traoré s’est distingué[10] pour recel, violences volontaires sur les forces de l’ordre, outrages, extorsion avec violences, menaces de mort, conduite sans permis, usage de stupéfiants, vol à la roulotte et de lourdes accusations de viol sur un codétenu pèsent sur lui[11]. Quant à George Floyd, il a été condamné à huit peines de prison pour différents motifs : possession de drogue, vol, intrusion ou encore pour un braquage au cours duquel il pointa un pistolet sur le ventre d’une femme. Bien que délinquants notoires, ils furent érigés en martyrs, en symboles voire en objets de culte, « héros » de la communauté noire. Voilà qui fut peu nuancé, et franchement inquiétant. Car encore une fois, si leurs destins furent tragiques, on ne peut occulter la vie que ces personnes ont choisi de mener quand on décide d’en faire des symboles. Mais c’est pourtant ce que font les idolâtres de la cause postcoloniale comme Gérard Miller, l’inénarrable psychanalyste Insoumis qui déclarait en 2020, lors d’un débat avec Gilbert Collard : « Arrêtez de commencer à jeter le soupçon sur la famille Traoré ! Cette famille est HÉROÏQUE elle mérite de rentrer dans l’histoire de France ![12] » On préférait mourir que de lire cela mais on est bien vivant… Un clan de repris de justice qui devrait avoir les mêmes honneurs que Jeanne d’Arc ou Philippe Auguste ! Encore une fois, le statut de victime permet de porter en étendard des figures que l’on se serait fait fort d’oublier dans n’importe quelle société où l’honneur prime sur la dignité.

         Cet érotisme de la victimisation est un business autant qu’une arme de revendication dans un contexte de guerre ethnico-culturelle. A ce titre, dans Le populisme au secours de la démocratie, la politologue Chloé Morin écrit : « La victimisation est un principe répandu de construction d’une solidarité de groupe ». Cette guerre a donc tout intérêt à être entretenue par ceux-là même qui prétendent lutter pour la paix, c’est-à-dire les antiracistes de la pensée postcoloniale.

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         En arguant qu’il existerait un « racisme systémique » de la part de la majorité blanche, les postcoloniaux présentent les « racisés » comme victime par nature, avant même d’entrer en société, du seul fait d’être nés de couleur en somme. Quoi que puisse faire une personne racisée, quelque soit son parcours de vie ou sa probité, elle naît victime opprimée. En même temps, quoi que puisse faire une personne blanche, quelque soit son parcours de vie ou sa probité, elle naît comme bourreau raciste. Au nom du bien, la pensée postcoloniale ouvre précisément un droit au racisme.

         Ainsi, la posture victimaire est particulièrement dangereuse car elle figure son discours et ses actions comme parfaitement légitimes du fait même de cette posture. Et ce alors que cette posture est, en réalité, parfaitement subjective. Et contrairement à ce que prétendent les postcoloniaux, c’est la posture victimaire qui constitue un privilège.

         Lorsque les manifestations des Gilets Jaunes, très majoritairement portées par des populations blanches, firent l’objet d’une extraordinaire sévérité policière et judiciaire, on put constater a contrario un véritable laxisme s’agissant des manifestations Black Lives Matter et en l’honneur d’Adama Traoré, souvent interdites et pas moins serties de violences. Ces manifestations, fréquentées dans leur immense majorité par des personnes se disant « racisées », ont fait l’objet d’une incroyable mansuétude de la part de l’État. Que l’on songe à Castaner invoquant « l’émotion saine » afin de justifier sa volonté de ne pas sanctionner. Comment ne pas voir ici un certain deux poids deux mesures ? Qui peut croire un instant qu’une manifestation interdite de la Manif pour tous eut pu prétendre à un tel degré d’indulgence au nom de « l’émotion saine » ?

         Songeons également au confinement allégé dans plusieurs départements pendant le mois de Ramadan[13]. Est-ce donc cela un pays islamophobe et systématiquement raciste ?

         Lorsque le néo-féminisme tape sur le patriarcat blanc hétérosexuel et qu’il se dispense de dénoncer nombre de pratiques insupportables venues d’Afrique (l’excision, la polygamie, le mariage forcé…) au nom de la convergence des luttes, est-ce donc cela un pays systémiquement raciste ? Lorsque 90 milliards d’euros sont dépensés en trente ans à travers moult plans-banlieues quand la France périphérique et rurale meurt à petit feu, est-ce donc cela un pays systémiquement raciste ?

         Quand le ministre de l’Intérieur tient systématiquement à se déplacer en personne sur le lieu d’une mosquée (tristement) taguée sans que l’on ne puisse jamais le féliciter de se montrer aussi énergique à déplorer les actes antichrétiens, pourtant près de 7 fois plus nombreux que les actes antimusulmans[14], est-ce donc cela un pays systémiquement raciste ?

         Quand Génération Identitaire, association – dont le discours politique peut être discuté –, jamais condamnée par la justice se voit pourtant dissoute par le ministre de l’Intérieur alors que nombre d’associations communautaristes ou islamistes[15] prospèrent dans le même temps, sans jamais subir la moindre menace de dissolution, est-ce donc cela un pays systémiquement raciste ?

         Quand le maire de Lyon, Grégory Doucet, refuse de se plier au rite multiséculaire du renouvellement du vœu des Échevins au nom de la laïcité, mais qu’il assiste à la pose de la première pierre de la mosquée de Gerland le lendemain, est-ce donc cela un pays islamophobe et systémiquement raciste ?

         Quand pendant le confinement en avril 2021, plusieurs préfectures intiment aux forces de l’ordre de faire preuve de tolérance à l’égard des musulmans pendant la période de Ramadan, est-ce donc cela un pays islamophobe et systémiquement raciste ?

         Plus prosaïquement, comment comprendre l’enthousiasme de ces nombreux migrants qui cherchent à rejoindre un pays qui serait systémiquement raciste ?

         L’on pourrait continuer presque indéfiniment tant les exemples sont légion.

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         Car la vérité est que la France n’a rien d’un pays raciste. Jadis, lutter contre le racisme, c’était combattre le Ku Klux Klan en somme. Désormais, c’est haïr un pays qui offre des droits à chacun, l’école, la santé ou encore des prestations sociales, quelle que soit la couleur de sa peau

         Dans Un Président ne devrait pas dire ça, publié en 2016, les journalistes Gérard Davet et Fabrice Lhomme ont rapporté ce propos aussi stupéfiant que lucide du président François Hollande : « Comment peut-on éviter la partition ? Car c’est quand même ça qui est en train de se produire : la partition. » Rien ne semble plus vrai. La racialisation de la question identitaire par antiracisme dévoyé conduit à cette partition tant redoutée. Nous y sommes. Et les concepts sociologiques fumeux importés des États-Unis, le postcolonialisme en tête, ne font qu’aggraver cette situation déjà dramatique et parfaitement contraire aux valeurs de notre nation. Au lendemain sa démission de la fonction de ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb avait déclaré ceci lors de la passation de pouvoir : « Aujourd’hui, on vit côte à côte, je crains que demain on puisse vivre face-à-face[16] ». Ne nous voilons pas la face. C’est déjà le cas. Nous filons droit vers une guerre raciale, et deux camps s’opposeront. Les « racisés » non-assimilés, partisans d’une nation multiculturelle d’un côté, et les blancs et « racisés » assimilés, attachés à une nation une et indivisible portée par une culture de convergence. Le conflit est déjà en marche. A tel point que le processus d’assimilation à la culture française relève, pour les postcoloniaux, de la trahison. Toute personne racisée qui ferait l’éloge de la France, ou défendrait ses institutions, est désormais susceptible de se voir traitée de « Bounty » (noire à l’extérieur, blanc à l’intérieur), de « nègre ou négresse de maison » ou encore d’ « arabe de service ». Lorsque Rachel Khan défend la France et refuse toute posture victimaire dans un ouvrage, la voici comparée par la militante postcoloniale Rokhaya Diallo à l’affiche « Banania ». Un exemple entre mille de cette pensée de la race qui n’est qu’une assignation à résidence identitaire et une négation du commun.

         Aux États-Unis, la société Uber Eats offre la livraison aux restaurateurs noirs. De même que Google permet d’identifier les commerces tenus par des noirs-américains. Ce qui est stupide puisque, inversement, cela permet également de les éviter… En France, le site i-d.vice.com (magazine branché de mode et d’art) a publié un article – rédigé en écriture inclusive évidemment – intitulé : « Où manger racisé à Paris – La carte qui fait ruisseler l’argent du bon côté »[17]. Cette idée de « bon côté » met franchement mal à l’aise et témoigne du fait que le processus de racisation procède bien souvent des « racisés » eux-mêmes.

         Un collectif de soignants de couleurs, intitulé « Le globule noir », publie une offre d’emploi indiquant chercher exclusivement une personne de couleur noire[18].

         Songeons également aux réunions en non-mixité prônées par les postcoloniaux. Censées être des espaces d’échanges permettant de trouver des solutions au « racisme systémique », ces réunions ont surtout pour objet de renforcer une identité de groupe fondée sur l’appartenance raciale ou religieuse[19]. Comment trouver des solutions avec l’autre si vous l’excluez de fait de votre réflexion ? En réalité, ce schéma ne fait que renforcer des convictions séparatistes. Dans le cas des réunions en non-mixité, l’homogénéité n’est pas la conséquence d’une pratique mais la pratique même. On nous dit que ce sont des groupes de parole entre victimes. Or dans le cas de réunions non-mixtes, il ne s’agit pas de rassembler des personnes victimes, mais de rassembler en un groupe des personnes identifiées, ou plutôt qui s’identifient elles-mêmes comme de potentielles victimes. Donc, de ces victimes potentielles, l’on peut parfaitement compter des personnes aux comportements douteux, mais qu’on accepte sous prétexte que leurs identités les classeraient par nature dans le camp des victimes. De sorte que de ces camps, l’on va exclure un antiraciste blanc parce que blanc, mais on va intégrer un suprémaciste noir parce que noir…

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         La pensée postcoloniale nous vient des États-Unis, je l’ai évoqué plus haut. Au pays de l’Oncle Sam, cette pensée a éclos il y a déjà quelques temps. De sorte que son infusion au sein de la société américaine (mais aussi canadienne) est déjà en tout point colossale. Pourtant, cette pensée tient bien davantage de l’idéologie militante que de la science sociale sérieuse. Afin de révéler l’imposture intellectuelle de cette théorie et ses dérives empruntes de masturbation intellectuelle, deux chercheurs ont réussi à faire publier des textes aux thèses toutes plus loufoques les unes que les autres au sein de revues prestigieuses américaines. « Quand un homme se masturbe en pensant à une femme sans lui avoir demandé son consentement, c’est une agression sexuelle. Il existe une culture systémique du viol chez les chiens. L’astronomie est une science sexiste et pro-occidentale qui doit être remplacée par une astrologie indigène et queer » révèle un article de Marianne consacré au sujet[20]. Plus fort encore, les chercheurs ont envoyé au magazine Sociology of Race and Ethnicity un extrait de Mein Kampf en y remplaçant « juifs » par « blancs ». Le magazine a rejeté le texte mais plusieurs universitaires y ont reconnu un intérêt et l’un d’eux a même écrit : « Cet article a le potentiel pour être une contribution puissante et particulière à la littérature traitant des mécanismes qui renforcent l’adhésion blanche à des perspectives suprémacistes blanches, et au processus par lequel des individus peuvent atteindre des niveaux plus profonds de conscience sociale et raciale ».

         C’est à peine croyable. Hélas, de ce gloubi-boulga idéologique infâme est né outre-Atlantique un ethnomasochisme proprement sidérant, lequel conduit à l’obsession repentante. Chez Coca Cola, dans le cadre d’une formation destinée à lutter contre le racisme, il est demandé aux blancs d’être « moins blancs ». Car se comporter comme une personne moins blanche, ce serait être « moins ignorante », « moins oppressive », « moins arrogante »[21]. Le New-York Times, temple du progressisme américain, a décidé d’écrire le mot « black » avec un B majuscule et le mot « white » avec un W minuscule. « Nous croyons que ce style transmet le mieux des éléments d’histoire et d’identité communes, et reflète notre objectif d’être respectueux de toutes les personnes et communautés que nous couvrons » écrit le Times[22]. Pas toutes visiblement. Dans la série Les Simpson, plus aucun blanc ne pourra doubler de personnage noir. Dans le même registre, « Jugée trop blanche pour traduire la poétesse noire Amanda Gorman, elle démissionne après un ‘’tollé’’ »[23]. Il n’y a plus de commun, plus rien à partager. Les races ne peuvent pas se comprendre selon la pensée postcoloniale. L’actrice Zoe Saldana, latino, pleure de honte et s’excuse d’avoir interprété la chanteuse et musicienne noire Nina Simone. « J’aurais dû faire tout ce qui était en mon pouvoir, avec les leviers que j’avais il y a dix ans, pour confier le rôle à une femme noire pour qu’elle puisse incarner le rôle d’une femme noire exceptionnelle » dit-elle[24].

         Ces délires repentants sont innombrables. Il faut se le tenir pour dit. Ce qui se passe aux États-Unis est inéluctablement en passe d’arriver en France.

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         Enfin un mot sur le concept d’ « intersectionnalité », employé en sociologie pour désigner le fait qu’une personne puisse subir plusieurs discriminations ou oppressions liées à différents éléments de son identité. Le fait d’être une femme de couleur noire exposerait au sexisme d’une part et au racisme de l’autre. L’intersectionnalité est donc une notion sociologique pour désigner une forme de convergence des luttes contre un ennemi globalement identifié dans la personne de l’homme blanc hétérosexuel.

         Le problème, c’est qu’en associant les luttes contre le sexisme, le racisme, l’islamophobie, la transphobie, l’homophobie ou encore la grossophobie, le concept d’intersectionnalité s’invalide dans un enchevêtrement de paradoxes inextricables. Prenons quelques exemples. Au nom de la lutte contre la sexualisation du corps féminin, le féminisme se félicite d’avoir interdit les grid girls, ces jeunes femmes qui animent les circuits et podiums des compétitions mécaniques dans des tenues sexy. Toutefois, au nom de la lutte contre la grossophobie, on se félicite qu’une personne comme la chanteuse Yseulte, obèse assumée, puisse dévoiler ses formes dans des tenues particulièrement légères dans le cadre de la promotion de son disque (clips, prestations télévisées…). Étrangement, le chantage à la sexualisation du corps féminin ne pèse plus quand le corps échappe à un certain idéal de beauté. On peut s’en attrister ou s’en féliciter. La question n’est pas là. Ce qui interroge, c’est l’évident manque de cohérence. Un autre exemple : alors qu’une loi est promulguée pour pénaliser le harcèlement de rue (revendication féministe légitime), Libération publie une tribune co-signée par des universitaires intitulée « Contre la pénalisation du harcèlement de rue », arguant du fait que cette loi stigmatiserait les « hommes des classes populaires et racisées »[25]. De même, lorsque des politiques d’extrême-gauche comme Esther Benbassa ou Clémentine Autain défendent la cause LGBT tout en défilant aux côtés d’islamistes notoires lors de la manifestation contre l’islamophobie du 10 novembre 2019, il y a un manque de cohérence. De même enfin qu’on ne peut se dire féministe et lutter pour le port du voile au nom de la lutte contre l’islamophobie.

         La réalité, c’est qu’il y a toujours un moment où la convergence des luttes atteint son point d’incohérence. L’intersectionnalité est une farce. Et le prétendu racisme systémique français l’est tout autant.

Victor Petit


[1] L’idée que la France serait un pays raciste systémiquement est même portée par le haut-commissariat aux droits de l’homme de l’ONU, lequel déclarait le 1er juillet 2021 que la France devait publier des statistiques ethniques pour combattre ledit racisme systémique. https://www.lefigaro.fr/actualite-france/l-onu-exhorte-la-france-a-recourir-aux-statistiques-ethniques-pour-lutter-contre-le-racisme-systemique-20210701

[2] Laquelle discrimination n’est positive que dans l’unique mesure où elle suggère une discrimination négative. « Aujourd’hui, lorsque nous rencontrons un candidat qui a un prénom d’origine étrangère, il a plus de chance d’être recruté que celui qui porte un prénom français de souche » dit d’ailleurs Jean-Paul Agon, PDG de L’Oréal dans une interview accordée au Monde en 2007. (https://www.lemonde.fr/economie/article/2007/07/12/jean-paul-agon-l-oreal-fait-de-la-discrimination-positive-et-l-assume_934751_3234.html)

Aussi, une étude publiée en 2011 dans Le Monde, a montré que le CV anonyme pénalise les demandeurs d’emploi issus de l’immigration. Et ce pour la raison que connaissant les parcours de ces demandeurs d’emploi, les recruteurs se montrent plus magnanimes et compréhensifs quant aux carences de leurs candidatures. (https://www.lemonde.fr/societe/article/2011/04/04/le-cv-anonyme-penalise-les-personnes-issues-de-l-immigration_1503004_3224.html)

[3] https://www.institutmontaigne.org/publications/religion-au-travail-croire-au-dialogue-barometre-du-fait-religieux-en-entreprise-2020-2021#

[4] https://www.lepoint.fr/societe/islam-des-pratiques-religieuses-de-plus-en-plus-observees-en-entreprise-18-05-2021-2426937_23.php

[5] Notons au passage qu’aucune traite n’a eu lieu en France métropolitaine.

[6] Qui va de pair avec un érotisme de la repentance cultivé par le peuple français « non-racisé » et par les institutions politiques françaises…

[7] https://www.cnews.fr/france/2021-01-16/camelia-jordana-ses-propos-sur-les-hommes-blancs-qui-devraient-demander-pardon

[8] Ou à toute personne présentée comme « victime du racisme systémique des forces de l’ordre ».

[9] Quoi que s’agissant d’Adama Traoré, la responsabilité des forces de l’ordre dans son décès demeure très discutable, voire inexistante.

[10] https://www.valeursactuelles.com/clubvaleurs/faits-divers/les-mensonges-de-laffaire-adama-traore-contre-enquete-sur-une-instrumentalisation/

[11] Lequel codétenu s’est vu indemnisé à hauteur de 15 000 euros par la Commission d’Indemnisation des Victimes d’Infraction (CIVI). https://www.lefigaro.fr/actualite-france/accusations-nbsp-de-viol-contre-adama-traore-le-codetenu-a-ete-indemnise-20200722

[12] https://twitter.com/mlp_2022/status/1286783906784710663

[13] https://www.lefigaro.fr/actualite-france/couvre-feu-et-ramadan-une-tolerance-accordee-pour-les-musulmans-dans-certains-departements-20210416?utm_medium=Social&utm_source=Facebook#Echobox=1618644952

[14] « En 2019, 687 faits à caractère antisémite ont été constatés l’an dernier contre 541 en 2018, soit une augmentation de 27 %. S’agissant des faits antichrétiens, leur nombre est stable sur l’année, avec 1052 faits recensés, qui se décomposent en 996 actions et 56 menaces. Quant aux faits antimusulmans, leur nombre demeure relativement faible (154 faits, qui se décomposent en 63 actions et 91 menaces) […] » https://www.gouvernement.fr/bilan-2019-des-actes-antireligieux-antisemites-racistes-et-xenophobes

[15] Songeons à l’UNEF dont les discours prônent clairement la partition, à MF (« Musulmans de France » anciennement l’UOIF) ou encore à Mili Görüs, association proche de l’AKP, le parti du Président turc Erdogan.

[16] https://www.lefigaro.fr/politique/2018/11/01/01002-20181101ARTFIG00181-quand-collomb-predisait-deja-le-face-a-face.php

[17] https://web.archive.org/web/20200615203117if_/https://i-d.vice.com/fr/article/935ag7/ou-manger-racise-a-paris-la-carte-qui-fait-ruisseler-largent-du-bon-cote

[18] https://www.marianne.net/agora/humeurs/soignantnoir-recherche-d-infirmiere-racisee-quand-le-racialisme-s-infiltre-dans-la

[19] Une femme blanche peut accéder à un camp décolonial interdit aux blancs dans la mesure où elle est de confession musulmane, car elle est de ce fait racisée.

[20] https://www.marianne.net/societe/de-la-culture-du-viol-chez-les-chiens-l-incroyable-canular-qui-met-nu-la-folie-identitaire

[21] Le support qui fut utilisé dans le cadre de ce cours était un powerpoint de la sociologue Robin Di Angelo. https://fr.sputniknews.com/societe/202102251045273718-soyez-moins-blancs-coca-cola-se-prend-les-pieds-dans-le-tapis-de-lantiracisme/

[22] https://www.liberation.fr/checknews/2020/07/02/pourquoi-le-new-york-times-a-decide-d-ecrire-black-en-majuscule-et-pas-white_1793082/

[23] https://www.lefigaro.fr/culture/trop-blanche-pour-traduire-la-poetesse-noire-amanda-gorman-elle-demissionne-apres-un-tolle-20210302

[24] https://www.valeursactuelles.com/monde/video-lactrice-zoe-saldana-sexcuse-en-pleurs-davoir-interprete-la-chanteuse-noire-nina-simone/

[25] https://www.liberation.fr/debats/2017/09/26/contre-la-penalisation-du-harcelement-de-rue_1599121/

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